Évêques / Sainteté

Depuis 1836, neuf évêques ou archevêques ont assuré la direction pastorale du diocèse. Ils ont façonné le visage de l’Église qui a grandi ici. Par leur prophétisme, leur audace et leur créativité, ils ont ouvert d’énormes chantiers pour l’éducation de la foi, favorisé l’expansion d’importantes œuvres caritatives et développé un diocèse où rayonne aujourd’hui la foi au Christ tant chez les Québécois d’origine que chez les Québécois venus d’ailleurs. Courageux et fidèles disciples du Christ, ces évêques sont les dignes descendants des saints et saintes qui ont donné leur vie pour bâtir ce pays.

Transmettre la foi, c’est transmettre un héritage. C’est aussi transmettre une histoire.

Nos évêques

À la création du diocèse de Montréal en 1836, Mgr Jean-Jacques Lartigue en devient le premier évêque titulaire à la suite de longues et pénibles difficultés venant de rapports houleux qu’entretenaient avec lui ses confrères sulpiciens.

Il connaît à fond le diocèse qu’on lui confie car depuis 1820, il agit comme évêque auxiliaire et vicaire général, suffragant de l’évêque de Québec, Mgr Plessis, pour le district de Montréal. On retient de lui son intérêt pour l’éducation et la sagesse dont il a fait preuve durant la tourmente politique de 1837-1838.

C’est à Montréal que naît Jean-Jacques Lartigue, le 20 juin 1777, fils unique d’un père médecin français, Jacques Lartigue, immigré en Nouvelle-France en 1757 et d’une mère canadienne, Marie-Charlotte Cherrier, de Saint-Denis sur le Richelieu. Notons que par sa mère, Jean-Jacques Lartigue est apparenté à trois grandes familles de la bourgeoisie montréalaise — les Cherrier, les Viger, les Papineau — qui joueront un rôle important dans le milieu, notamment lors de la Révolte de 1837-1838.

Intelligent, vif d’esprit, Jean-Jacques complète à 16 ans ses études classiques au Collège de Montréal, fondé en 1767 par les Sulpiciens, au lendemain de la Conquête. Il consacre ensuite une année entière à l’étude de l’anglais, puis s’adonne pendant trois ans à l’étude du droit civil. Sur le point d’être reçu au Barreau, il décide subitement de se diriger vers la prêtrise.

L’Évêque de Québec, Mgr Pierre Denaut, résidant à Longueuil, où il est aussi curé, accepte avec empressement la candidature de Jean-Jacques. Celui-ci entreprend l’étude de la théologie au Collège de Montréal. Le 28 octobre 1799, il est choisi par Mgr Denaut pour être son secrétaire. À l’âge de 23 ans, il reçoit l’ordination sacerdotale, le 21 septembre 1800, en l’église Saint-Denis-sur-le-Richelieu où son oncle, François Cherrier, est curé.

Devenu prêtre, il est nommé vicaire à Longueuil, tout en demeurant secrétaire de Mgr Denaut. Double fonction qui lui permet d’acquérir une expérience du ministère paroissial et une connaissance de l’ensemble de ce « district de Montréal », en accompagnant l’évêque dans ses longues visites pastorales.

Après le décès de Mgr Denaut, le 17 janvier 1806, à Longueuil même, où il est inhumé (jusqu’à la translation de ses restes à Québec en 1970), Jean-Jacques réalise son désir déjà exprimé d’entrer à Saint-Sulpice. Sa demande d’admission est agréée avec joie dès le 15 février suivant. Il sera vicaire à Notre-Dame pendant treize ans, de 1806 à 1819, responsable d’un vaste quartier où il visite et aide surtout les malades et les pauvres.

Il se tient au courant des affaires du pays. Il se sent en sympathie avec certaines revendications du parti canadien, sans toutefois souscrire au radicalisme doctrinal, aux idées révolutionnaires de désobéissance civile et de révolte armée qui y circulent.

Enfin, le 29 juin 1819, le supérieur du Séminaire de Montréal, M. Auguste Roux, confie à M. Lartigue une mission délicate : aller défendre à Londres les droits de Saint-Sulpice, toujours contestés par les autorités britanniques. Démarches nombreuses à Londres et à Paris, qui restent cependant infructueuses.

Évêque auxiliaire et vicaire général, suffragant de l’évêque de Québec, pour le district de Montréal (1821 – 1836)

C’est au cours de ce séjour de dix mois en Europe (14 août 1819-14 juin 1820) que Jean-Jacques Lartigue apprend sa nomination comme évêque auxiliaire et vicaire général, suffragant de l’évêque de Québec, pour le district de Montréal. On comprendra qu’il s’agit d’une nomination pour le même et vaste diocèse de Québec, et que l’on utilise le terme civil « district de Montréal » parce qu’il ne s’agit pas encore d’un « diocèse » nouveau.

Jean-Jacques Lartigue hésite beaucoup à accepter cette promotion et les lourdes responsabilités qu’elle comporte. Il prévoit l’opposition de ses confrères, les sulpiciens français de Montréal qui, depuis plus d’un siècle, gouvernent le territoire.

Avant d’accepter l’épiscopat, Jean-Jacques Lartigue consulte son supérieur général de Paris et son supérieur local de Montréal. Celui-ci lui répond par une lettre peu rassurante : il consent au projet, à condition que le candidat choisi ne réside pas au Séminaire, qu’il couvre les frais de sa charge en acceptant une cure en dehors de l’Île de Montréal, par exemple au sud du fleuve Saint-Laurent, qu’il se fasse discret, serviable, loin de Montréal… L’intervention de l’évêque de Québec, Mgr Joseph-Octave Plessis et un ordre formel du pape Grégoire XVI, viennent à bout des réticences de Jean-Jacques Lartigue, qui finit par dire son accord. Temporairement, il logera au Séminaire !

Le 21 janvier 1921, Mgr Plessis lui confère l’ordination épiscopale dans la vieille église Notre-Dame. Pour l’instant, l’évêque auxiliaire de Québec n’a ni résidence personnelle ni cathédrale. Il ira bientôt résider à l’Hôtel-Dieu, rue Saint-Paul, où les Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph l’accueillent avec générosité et lui offrent chambre et bureau modestes. On a pu dire que l’Hôtel-Dieu fut le premier évêché de Montréal.

Les relations de Jean-Jacques Lartigue avec plusieurs de ses confrères ne s’améliorent pas pour autant. Plusieurs prêtres diocésains aussi, amis des Sulpiciens, contestent à leur tour sa juridiction, l’un d’eux affirmant même publiquement qu’un évêque est inutile à Montréal. Enfin, les marguilliers de Notre-Dame signifient à Mgr Lartigue qu’il n’est pas le bienvenu dans leur église.

Quel type d’homme est donc cet évêque qui suscite tant d’oppositions ? On peut penser qu’une certaine froideur du personnage expliquerait ces réticences à son endroit. Mgr Lartigue était un homme d’un caractère entier, énergique et résolu, une personnalité dynamique qui ne manquait pas de chaleur et d’attentions. Des témoins de cette époque peuvent corroborer la présence chez le prélat des traits qui lui sont ici reconnus. D’ailleurs, Mgr Lartigue avoue lui-même qu’il préfère en toutes choses « y aller franchement », même avec ses adversaires.

Revenons aux débuts de l’épiscopat de Mgr Lartigue à Montréal, sans relever toutes les résistances connues, telles celles du pouvoir politique anglo-protestant. Voici que des appuis financiers et moraux, de la part de plusieurs Montréalais, s’emploient à permettre au nouvel évêque d’affirmer peu à peu son autorité. C’est ainsi qu’un comité s’est formé par les habitants du faubourg Saint-Laurent pour construire une maison et une église à leur évêque. Le 23 mai 1823, Mgr Lartigue procède à la bénédiction de la première pierre de son église. Des fidèles et un clergé nombreux assistent à la cérémonie. Les sulpiciens s’abstiennent. Deux ans plus tard, le 22 septembre 1825, Mgr Plessis vient de Québec présider à la bénédiction de l’église et d’une maison attenante pour l’évêque, toutes deux situées rue Saint-Denis entre la rue Sainte-Catherine et l’actuel boulevard de Maisonneuve, où se trouve aujourd’hui l’édifice principal de l’UQAM. C’est la première cathédrale Saint-Jacques (qu’un incendie détruira en 1852). Encore une fois, en présence d’une cinquantaine de prêtres diocésains, sur une centaine, mais aucun sulpicien.

Après la mort de Mgr Plessis, en décembre 1825, son successeur, Mgr Bernard Panet, réitère son appui à Mgr Lartigue. Confirmé dans sa fonction, Lartigue se remet à la tâche. Il établit une école de théologie pour les candidats au sacerdoce, dont il confie la direction à son secrétaire et bras droit l’abbé Ignace Bourget. Il porte un vif intérêt à la cause de l’éducation, dans la conviction qu’il s’agit là d’une responsabilité exclusive à l’Église. Il ouvre lui-même à Saint-Jacques une école pour garçons, puis une autre pour les filles. Il s’intéresse vivement au collège de Saint-Hyacinthe dont il est le supérieur. Il s’inquiète des tendances laïcisantes de la Chambre de l’Assemblée qui, au nom de principes prétendus libéraux a déposé deux projets de loi, l’un sur les écoles élémentaires, l’autre sur les fabriques paroissiales; il voit dans tout cela « l’esprit actuel de la vieille France »… Entre l’Église et les dirigeants politiques, une épreuve de force s’était engagée.

Heureusement, d’autre part, entre Mgr Lartigue et les sulpiciens un rapprochement s’est amorcé en 1835. Un événement heureux vient sceller cette réconciliation. La célébration du jubilé sacerdotal du sulpicien Roque et le renouvellement des vœux de prêtrise du vénérable vieillard entre les mains de son ancien élève, le 24 septembre 1835, achèvent de rapprocher les deux partis. Le supérieur du Séminaire eut des mots chaleureux : « Tout le monde sans exception a été ravi d’admiration et de joie… l’on dit même que l’évêque de Telmesse (titre que portait Mgr Lartigue en tant qu’évêque auxiliaire) et le supérieur du Séminaire ne font qu’un. »

La situation était soudain devenue favorable à l’érection à Montréal d’un évêché distinct de celui de Québec. En novembre 1835, Lartigue adresse à Rome la requête du clergé de Montréal, à laquelle les prêtres du Séminaire avaient souscrit, en faveur d’un évêché à Montréal.

Le 13 mai 1836, Grégoire XVI signait la bulle d’érection du nouveau diocèse et le bref proposant Jean-Jacques Lartigue au siège de Montréal. Devant le fait accompli, Londres, qui n’avait pas été pressenti, agréa le nouvel évêque.

Mgr Lartigue prit possession de son siège épiscopal, le 8 septembre 1836, dans l’enthousiasme général. Le supérieur de Saint-Sulpice réserva à cette occasion dans la nouvelle église Notre-Dame (1829), un accueil non équivoque au premier évêque de Montréal.

De 1836 à 1840, la plus grande harmonie règne. Le « district de Montréal » est enfin devenu le diocèse de Montréal, un territoire immense, un carré découpé dans le sud du Québec, traversé par le Saint-Laurent, limité au nord à la hauteur des villages de Berthier et de Sorel, au sud par la mission autochtone Saint-Régis, à l’est par une ligne au-delà du Richelieu, à l’ouest par une ligne au-delà de Saint-Jérôme. Une population de près de 300 000 fidèles y vit répartie entre une centaine de paroisses et missions.

Toutes choses étant bien en place, commence cependant une période politique difficile. On peut dire que les dernières années de l’épiscopat de Mgr Lartigue comptent parmi les plus pénibles de sa vie. Elles coïncident avec la crise qui secoue le Bas-Canada : les Troubles de 1837 – 1838 et leurs conséquences. Un affrontement se préparait entre les Patriotes et le gouvernement britannique en place. Le 25 juillet 1837, dans sa cathédrale, l’évêque de Montréal tient à mettre en garde les fidèles de son diocèse contre toute action révolutionnaire. Pendant deux jours, plus de douze cents Patriotes défilent devant la cathédrale Saint-Jacques pour contester les directives de l’évêque. Sans se laisser intimider, Mgr Lartigue adresse à ses diocésains, le 24 octobre suivant, un premier mandement pour les prémunir contre les discours et menaces des rebelles, il rappelle à tous leur devoir envers la puissance légitimement établie, il évoque les horreurs d’une guerre civile, le caractère sanguinaire de toute révolution populaire.

Les Patriotes ne se gênèrent pas pour qualifier ce mandement « d’anti-bon sens », « d’anti catholique » même, accusant l’évêque d’avoir cherché à se gagner la faveur des autorités, d’avoir ignoré les malheurs des siens, d’être insensible à leurs misères temporelles et spirituelles…

Le 8 janvier 1838, Mgr Lartigue y va d’un second mandement, dans lequel il demande notamment à ses diocésains : « Que devez-vous penser aujourd’hui (après les combats et les destructions de l’automne) de votre clergé qui a fait tous ses efforts pour vous prémunir contre des doctrines perverses, qui a même encouru la haine de plusieurs, parce qu’il ne vous parlait pas dans le sens d’une faction dont malheureusement quelques-uns d’entre vous étaient alors engoués… »

On peut comprendre que l’attitude de Mgr Lartigue se fondait sur deux considérations : la légitimité du pouvoir politique qui est d’origine divine, comme la théologie le prônait alors, et l’inégalité des forces en présence; c’est-à-dire le sous- équipement militaire des patriotes rebelles, d’une part, et les ressources abondantes de l’armée anglaise, d’autre part. Bilan pour les Patriotes : une victoire, plusieurs défaites, de nombreux morts, des jeunes et des pères de familles, des représailles brutales (villages incendiés, stratégies de la terre brûlée, incarcération des vaincus…).

Lartigue s’était efforcé de demeurer calme au cœur de la tourmente. Les événements allaient lui donner raison. La révolution se solde par un considérable échec. En mettant en garde ses compatriotes contre une lutte parricide et inégale, Lartigue avait fait preuve d’un flair et d’une sagesse politiques que plusieurs reconnurent, en particulier les Patriotes modérés de la région de Québec.

Ajoutons un mot. L’opinion populaire a longtemps répandu l’idée que Mgr Lartigue avait prononcé l’excommunication de certains chefs de la rébellion. Souvent interpellés sur cet acte, pour l’amender, l’annuler, les évêques du Québec ont publié, le 27 mars 1987, sous la signature de leur président, Mgr Jean-Marie Fortier, alors archevêque de Sherbrooke, un document intitulé : Cent cinquantième anniversaire de la Révolte de 1837. Mgr Fortier y écrit ceci : « Les contrevenants n’ont été ni excommuniés ni frappés de quelque censure ecclésiastique que ce soit. »

Ce qui est réel, c’est que Mgr Lartigue n’a pas autorisé les curés à enterrer « dans leurs cimetières bénits les corps de ceux qui étaient morts les armes à la main ». C’était une mesure disciplinaire qui avait cours à l’époque dans un milieu profondément religieux où la désobéissance à l’Église scandalisait ou à tout le moins étonnait. Mgr Fortier note que des descendants des Patriotes demandent que l’on permette l’inhumation des restes des victimes avec leurs propres parents décédés depuis longtemps. Et il conclut : « Il apparaît aux autorités de l’Église de 1987 que cette prière puisse être entendue et exaucée »… les évêques d’aujourd’hui… (estiment) « que Dieu seul a jugé la valeur de leur vie (les Patriotes) et a su apprécier leur engagement. »

Tout cela laisse deviner que l’action pastorale du premier évêque de Montréal s’est achevée dans un climat chargé de souffrance. Il voulut les apaiser en étant présent aux familles éprouvées, en intercédant auprès du pouvoir civil pour adoucir les peines et les duretés de la vie des prisonniers.

Quand Mgr Lartigue mourut à l’Hôtel-Dieu de Montréal, le 19 avril 1840, à l’approche de ses soixante-trois ans, celui « que son pays a successivement applaudi, injurié et béni » reçut une profonde marque d’estime. À ses obsèques célébrées à la nouvelle église Notre-Dame, plus de 10 000 fidèles témoignèrent de leur respect pour leur évêque. Autant furent présents, le lendemain à la cathédrale Saint-Jacques pour s’unir à l’hommage que Mgr Ignace Bourget, devenu coadjuteur, rendit au premier évêque de Montréal.

L’activité pastorale de Mgr Ignace Bourget s’est déroulée dans un contexte social, culturel et politique toujours en ébullition. Il a invité au pays plusieurs communautés religieuses (hommes et femmes) actives en Europe et soutenu quatre communautés religieuses féminines nées ici : les Sœurs de la Providence (Émilie Gamelin, 1843), les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie (Eulalie Durocher, 1843), les Sœurs de la Miséricorde (Rosalie Cadron-Jetté, 1848), et les Sœurs de Sainte-Anne (Esther Blondin, 1848).

Il a mis sur pied des œuvres caritatives importantes comme la Saint-Vincent de Paul et participé à la fondation de la Banque de la Cité et du District de Montréal (devenue la Banque Laurentienne) pour promouvoir l’économie chez les travailleurs. Il s’est fait l’ardent promoteur de l’engagement des laïcs.

Ignace Bourget naît le 30 octobre 1799 à St-Joseph-de-Lévis, fils de Pierre Bourget et de Thérèse Paradis, « habitants », selon le terme de l’époque, bien enracinés dans leur terre et dans leur foi. Il est le onzième enfant d’une famille qui en comptera treize.

En 1811, il entre au petit Séminaire de Québec. Pendant les sept années de ses études dans cette institution, il se fera remarquer par ses attitudes de foi et sa grande piété.

Admis au Grand Séminaire de Québec, il est tonsuré le 11 août 1818, puis, un mois plus tard, orienté vers le séminaire de Nicolet. Il y passera trois ans à enseigner le latin, en même temps qu’il poursuivra sa formation théologique.

En janvier 1821, Mgr Joseph-Octave Plessis, évêque de Québec, le nomme secrétaire de Mgr Jean-Jacques Lartigue qui vient d’être fait évêque auxiliaire de Québec pour le district de Montréal. Un an plus tard, Ignace Bourget reçoit, de Mgr Lartigue, l’ordination sacerdotale en la chapelle de l’Hôtel-Dieu. Pendant les quelque dix-neuf années où il travaillera aux côtés de Mgr Lartigue à titre de secrétaire puis de vicaire général, puis d’évêque coadjuteur, il sera pour lui un disciple sûr, un ami fidèle, un confident, un collaborateur intime. L’influence du premier évêque de Montréal marquera certainement l’épiscopat du deuxième.

Ainsi, au lendemain de son ordination, Mgr Lartigue demandera à l’abbé Bourget de voir à la construction de l’église Saint-Jacques, dont il deviendra ensuite le chapelain, de même qu’il lui confiera la direction des vingt séminaristes logés dans la maison épiscopale jouxtant l’église-cathédrale.

Pendant la décennie 1825-1835 notamment, Ignace Bourget appuiera les luttes soutenues par Mgr Lartigue, participant à ses fatigues, ses soucis, ses humiliations.

Le secrétaire devenu vicaire général en 1835, recevra de Mgr Lartigue l’ordination épiscopale comme évêque coadjuteur avec future succession, le 25 juillet 1837, en la fête de saint Jacques le Majeur. Mgr Ignace Bourget s’emploiera particulièrement, pendant trois années, à visiter les paroisses d’un si vaste diocèse.

La mort de Mgr Jean-Jacques Lartigue, le 19 avril 1840, jour de Pâques, l’affecte profondément.

Il est opportun de souligner d’abord que l’activité pastorale de Mgr Bourget pendant son long épiscopat de trente-six années s’est déroulée dans un contexte social, culturel, politique toujours en ébullition.

Pensons simplement aux séquelles de la Rébellion de 1837-1838, à la pauvreté grandissante du milieu montréalais et québécois, à la forte croissance démographique de la ville, aux épreuves et catastrophes du temps : épidémie de typhus, épidémie de choléra, conflagration du Centre-ville; au relâchement des mœurs, au fléau de l’alcoolisme, aux débats politiques qui ont entouré deux réformes constitutionnelles du pays : l’Acte d’Union (1840) et la Confédération (1867). Ayant à l’esprit ces données, on ne peut que mieux admirer l’engagement humain et chrétien d’un pasteur toujours sur la brèche.

Le diocèse que Mgr Bourget prend en charge est une Église démunie, sans ressources en personnel, sans moyens financiers. Mgr Bourget se consacre à lui donner les équipements, les structures qui lui manquent. C’est le sens de ces voyages en Europe – sept, d’une durée variable – qu’il entreprend dès la deuxième année de son épiscopat comme évêque de Montréal.
 

  • En 1841 (mai – décembre). À la recherche de prêtres, de religieux et de religieuses, Mgr Bourget va à Paris, Chartres, Lyon, Marseille, Rome, Le Mans, Angers.
  • En 1846-47 (septembre à mai). Pour le même motif, il se rend à Marseille, en Angleterre, en Irlande.
  • En 1854-56 (octobre ’54 – juillet ’56). Le plus long voyage. Il est présent à Rome pour la proclamation par Pie IX du dogme de l’Immaculée-Conception.
  • En 1862 (Été), à Rome.
  • En 1864-65 (décembre à juin). À Rome, pour y traiter de la division de la paroisse Notre-Dame. Rome l’autorise à ériger dans le territoire de Montréal autant de paroisses qu’il sera nécessaire. Il aborde aussi le sujet de l’Université de Montréal en projet.
  • En 1869-70 (janvier ’69 – août ’70). À Paris et à Rome. Il assiste, à Rome, à l’ouverture du Concile Vatican I, le 8 décembre 1869. Ce Concile se clôturera le 18 juillet 1870 par la proclamation du dogme de l’infaillibilité pontificale.
  • En 1881 (août – octobre). À Rome pendant sa retraite, il tient encore à intervenir pour la cause de l’Université de Montréal. La Propagande décide qu’il y aura une seule université catholique au Québec; Montréal sera une succursale de Laval.
     

Parmi les conséquences de ses voyages, la plus heureuse est certainement la venue de plusieurs communautés religieuses (d’hommes, de femmes) ou d’ordres religieux qui ont enrichi notre Église diocésaine et toute notre société. Nommons simplement, selon l’ordre de leur arrivée au pays :
 

  • les Oblats de Marie-Immaculée (1841),
  • les Jésuites (1842),
  • les Dames du Sacré-Cœur (1844),
  • les Pères, les Frères, les Sœurs de Sainte-Croix (1847),
  • les Clercs de Saint-Viateur (1847),
  • les Frères de la Charité, de Belgique (1864),
  • les Carmélites (1875),
  • les Pères blancs d’Afrique (1875).
     

Simultanément, surgissent dans le diocèse même, comme une floraison heureuse répondant aux besoins du temps, quatre communautés religieuses féminines, suscitées par quatre femmes inspirées par l’Esprit et que Mgr Bourget soutiendra, guidera. Elles œuvreront dans le champ de l’éducation, de la santé, de l’assistance sociale, au service de l’Église et de la société :
 

  • les Sœurs de la Providence, avec Émilie Gamelin (1843),
  • les Sœurs des SS NN de Jésus et de Marie, avec Eulalie Durocher (1843),
  • les Sœurs de Miséricorde, avec Rosalie Cadron-Jetté (1848),
  • les Sœurs de Ste-Anne, avec Esther Blondin (1848).
     

Dans le diocèse sont en service depuis longtemps :
 

  • les Religieuses hospitalières de Saint-Joseph (1636),
  • les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame (1658),
  • les Sœurs de la Charité de Montréal (Sœurs grises) (1737).
     

Sous l’épiscopat de Mgr Bourget et grâce à sa vision et à son action multiforme, le diocèse de Montréal s’est donné ou plutôt a reçu des institutions valeureuses qui ont été autant de bras mis au service du Seigneur et de la communauté chrétienne et humaine de Montréal et de la région. Un équipement, en somme, qui lui permettra d’accomplir sa mission.

Permettons-nous ici deux observations. La première : à l’heure de l’an 2000, les communautés religieuses n’ont certes plus la présence et la vitalité qu’elles ont connues hier, mais elles ont su diversifier leur engagement et poursuivre leur service avec une charité admirable, à travers le bénévolat et l’extrême générosité avec laquelle elles subventionnent de leurs dons une foule d’initiatives ou d’entreprises humanitaires qui s’inscrivent dans leurs objectifs fondamentaux. La deuxième, c’est qu’il faudra bien un jour nous défaire de ce cliché qui qualifie encore de « monopole » leur présence d’hier dans le domaine hospitalier, éducationnel, social. D’abord, parce que le monopole est un terme du marché qui évoque une domination exclusive; or l’œuvre des communautés religieuses n’a rien à voir avec le monde du marché, ni avec quelque domination exclusive. Elle s’est exercée pour couvrir des champs d’action que ni la société civile, ni les pouvoirs publics du temps n’étaient en mesure d’assumer. Elle n’a éliminé personne. Et plus qu’une tâche de suppléance, elle s’est généreusement portée à l’aide de femmes, d’hommes, d’enfants dans le besoin : c’est le sens même de la charité chrétienne vécue.

La liste des communautés religieuses qu’on vient d’énumérer et les divers objectifs qu’elles poursuivaient traduisent les préoccupations sociales de Mgr Bourget.

Son engagement social a surgi de sa connaissance profonde du milieu, de l’état de la société. Il a voulu des institutions qui se consacreraient à la prévention des maux sociaux, à la réinsertion des marginaux. C’est pour cela qu’au cœur de ses voyages européens, il a visité des écoles pour aliénés, des maisons pour sourds-muets, aveugles, mendiants, des pénitenciers, des hôpitaux, des œuvres de maternité, des refuges pour enfants trouvés.

Dès 1842, Mgr Bourget publie un mandement établissant l’Association diocésaine de Charité, inspirée par l’expérience diversifiée de groupes charitables, tels ceux des Dames de Charité, des Dames de la Providence, etc. Il rallie des personnes nécessaires pour l’implantation d’œuvres nouvelles, les persuade. On relève par exemple les contributions généreuses d’un mécène, M. Olivier Berthelet, versées à l’Hospice Saint-Antoine (Mont St-Antoine), aux Sœurs de Miséricorde. C’est à l’engagement des laïcs qu’il pense en implantant à Montréal, en 1847, la Société de Saint-Vincent-de-Paul, dont il réunit le premier conseil à l’évêché.

Il est impossible dans les limites de cet article, de rapporter tous les faits et gestes d’un épiscopat si long et si riche. Contentons-nous d’en souligner quelques-uns.

Le premier acte important de Mgr Bourget, en 1840, est de confier à Saint-Sulpice la formation des prêtres diocésains. Le Grand Séminaire logé d’abord dans l’ancien Collège de Montréal, rue Saint-Paul, s’établira définitivement, en 1854, sur le site actuel, rue Sherbrooke Ouest; ce qui le fera désigner joliment Le Grand Séminaire de Ville-Marie à la Montagne.
 

  • En 1841, il réalise un désir de Mgr Lartigue en lançant une publication, les Mélanges religieux, qui deviendront plus tard La Semaine religieuse de Montréal, puis l’Église de Montréal et aujourd’hui Vivre en Église.
  • En 1844, prenant la relève de Mgr Lartigue, il contribue à la formation de la première province ecclésiastique du Canada, comportant quatre diocèses du Canada-Uni (Acte d’Union) : Québec, Montréal, Toronto, Kingston.
  • En 1846, dans un tout autre champ d’activité, il participe à la fondation de la Banque d’Épargne de la Cité et du District de Montréal, destinée à promouvoir l’économie chez les ouvriers. C’est aujourd’hui la Banque Laurentienne.
  • En 1847, une forte immigration d’Irlandais chassés de leur pays par la disette, entre au Canada. Avec elle, une épidémie de typhus. Mgr Bourget mobilise les forces vives du diocèse. Des religieuses meurent en soignant les malades. Lui-même paie de sa personne et doit être hospitalisé.
  • En 1852, un grand incendie ravage tout le Centre-ville. Une conflagration qui sème la consternation. Mille maisons sont brûlées. Neuf mille personnes sont sur le pavé. La cathédrale et la résidence épiscopale sont incendiées.
     

Pour une longue période, la cathédrale sera la chapelle de l’Asile de la Providence et l’évêché logera à l’Hospice Saint-Joseph. Dès 1854, Mgr Bourget acquiert un terrain dans l’ouest de la ville pour y construire une cathédrale nouvelle. Coup d’audace et vision d’avenir. Pour lui, le centre de la ville se développera vers l’ouest. En 1856, à Rome, il décide que la future cathédrale sera une copie réduite de Saint-Pierre de Rome, pour symboliser l’attachement de l’Église canadienne au Saint-Siège. Ce n’est qu’en 1870 que sera posée la première pierre de la cathédrale actuelle, sur le boulevard René-Lévesque entre les rues Mansfield et de la Cathédrale.
 

  • En 1852, également, un premier découpage du diocèse est effectué pour former le diocèse de Saint-Hyacinthe. Mgr Jean-Charles Prince, coadjuteur à Montréal depuis 1844, en sera le premier évêque.
  • Le diocèse de Montréal qui comptait une centaine de paroisses en 1840, en compte cent quarante en 1870.
  • En 1873, le chanoine Edouard-Charles Fabre est nommé évêque coadjuteur de Montréal, avec future succession.
  • En 1874, deuxième découpage du diocèse pour former le diocèse de Sherbrooke.
  • En 1876, le 9 septembre, Mgr Bourget démissionne.

Épuisé après tant de travaux, il se retire au Sault-au-Récollet, à la Maison Saint-Janvier, où il arrive le 16 juin 1877. C’était une résidence qu’avait fait bâtir en 1853, à proximité de l’église, le curé de la paroisse Visitation, Mgr Janvier Vinet, pour accueillir des personnes âgées. Le diocèse en fit l’acquisition et en confia la direction aux Sœurs de la Providence « pour le soin de Mgr Bourget et des prêtres invalides ».

C’est à quelques pas de cette Maison Saint-Janvier, démolie en 1970, que le cardinal Paul Grégoire, archevêque de Montréal (1968-1990), fit aménager en 1981 une résidence pour les prêtres malades ou en repos. Il la baptisa, en mémoire de son lointain et illustre prédécesseur, Résidence Ignace-Bourget.
Mgr Bourget n’y reste cependant pas inoccupé. En 1880, répondant à une lettre circulaire de Mgr Fabre, il se fait « quêteur » pour aider son successeur à faire face aux difficultés financières du diocèse. Il termine sa quête le 8 décembre 1882 à l’église Nativité-de-la-Vierge à Hochelaga. Il avait recueilli une somme totale de 84 782 $.

La maladie qui mine Mgr Bourget récidive en 1883. Le 8 juin 1885, en fin d’après-midi, il meurt après une douloureuse agonie. Il avait 85 ans.
Le lendemain, un convoi comptant onze cents voitures met trois heures pour escorter la tombe de Mgr Bourget depuis le Sault-au-Récollet jusqu’à l’église Notre-Dame.

Ce même jour paraissait à Québec, dans La Vérité, un texte de l’abbé Henri Têtu, biographe des évêques du Québec, dans lequel on pouvait lire : « Dieu a rappelé à Lui ce grand évêque, ce grand citoyen, cette belle intelligence, ce véritable saint. »
Les funérailles furent célébrées à la basilique Notre-Dame où le supérieur de Saint-Sulpice, M. Louis Colin, salua en Mgr Bourget : « un champion de l’orthodoxie, un saint dans ses œuvres et dans ses épreuves ». Le jour suivant, une seconde célébration eut lieu à la cathédrale.

La mémoire de Mgr Bourget est gravée dans deux œuvres d’art remarquables qui disent l’estime et l’admiration que les diocésains de Montréal lui ont gardées. À l’extérieur de la cathédrale, sur un tertre au coin du boulevard René-Lévesque et de la rue de la Cathédrale, une statue imposante fut érigée par les soins de la Société Saint-Jean-Baptiste en 1903. À l’intérieur de la cathédrale, dans la chapelle funéraire des évêques aménagée en 1931, se dresse en plein centre un magnifique mausolée, surmonté d’un gisant, qui recouvre la tombe de Mgr Bourget.

Deux grandes pièces qui témoignent de la place que tient Mgr Ignace Bourget dans l’histoire de l’Église de Montréal.

Premier archevêque de Montréal, Mgr Fabre a manifesté très tôt dans ses tâches un esprit vif, des dons d’orateur et du sang froid. Sans auxiliaire, il a ordonné 210 prêtres de son diocèse et 820 autres de diocèses canadiens ou américains, tous formés au Grand Séminaire de Montréal.

En période de crise économique, il est venu en aide d’abord aux paroisses pauvres, puis aux chômeurs en organisant une quête à travers le diocèse et en faisant, avec le curé Labelle, la promotion de la colonisation… En 1890, il obtient de Rome que l’Université de Montréal devienne quasi indépendante de l’Université Laval.

Édouard-Charles Fabre naît à Montréal, le 28 février 1827, dans une famille bien connue de l’époque. Son père, Édouard-Raymond, est un libraire-éditeur prospère. Très patriote, il est un intime de Louis-Joseph Papineau. Il s’implique politiquement, participe à la Révolte de 1837-1838, est fait prisonnier puis est gracié en raison de la maladie de sa femme. Le calme revenu, il manifestera une grande générosité à l’égard des victimes du conflit, particulièrement envers les exilés en Australie. Dix ans après les Troubles, il sera maire de Montréal en 1849 – 1851. L’épidémie de choléra l’emportera en 1854, à l’âge de 55 ans.

La mère d’Édouard-Charles, Lucie Perrault, est une femme d’action, engagée dans les œuvres sociales, les institutions de charité, les visites des pauvres à domicile. Édouard-Charles est l’aîné d’une famille de six enfants. Une sœur, Hortense, épousera l’avocat et homme politique Georges-Étienne Cartier. Un frère, Hector, deviendra avocat, journaliste, sénateur, diplomate à Paris. Notons qu’Édouard-Charles, qui a dix ans en 1837, ne sera pas affecté par les événements de la Révolte. Il sera, par tempérament, homme conciliant, pacificateur.

Inscrit au Séminaire de Saint-Hyacinthe, Édouard-Charles Fabre y termine ses études classiques en 1843; il a seize ans. Il aspire à devenir prêtre. Son père s’oppose fermement à ce désir. Il envoie son fils à Paris passer un an chez sa tante Julie Fabre, pour qu’il connaisse le monde. Édouard-Charles parcourt Paris et ses environs, fréquente la bonne société, les théâtres, mais loin de s’atténuer, son projet se confirme. Son père finit par accepter ce choix et Édouard-Charles, avec l’autorisation paternelle, consacrera deux années à des études en philosophie et en théologie au Séminaire d’Issy-les-Moulineaux, dirigé par les Sulpiciens.

Le 25 juillet 1846, il revient à Montréal, dans sa famille. Le 15 septembre suivant, il s’établit à l’évêché et poursuit ses études théologiques sous la direction de Mgr Jean-Charles Prince, évêque coadjuteur.

C’est celui-ci qui lui conférera l’ordination sacerdotale, le 23 janvier 1850. Il est alors nommé vicaire à Sorel, où il oeuvrera pendant deux ans, puis curé à Pointe-Claire, pour une autre période de deux ans. On le rappelle à l’évêché à l’automne 1854. Un an plus tard, le 25 décembre 1855, il est installé chanoine titulaire de la Cathédrale; il a vingt-huit ans.

Pour lui commence alors un ministère varié qui durera dix-huit ans. Il collabore à l’administration diocésaine, est aumônier des étudiants en médecine, prêche des retraites dans de nombreuses paroisses et maisons d’éducation. Il manifeste dans ces charges de remarquables qualités : esprit vif, sens de la répartie, mémoire prodigieuse, sang-froid, dons d’orateur et d’improvisateur; c’est un prêtre pieux, digne, souriant, simple, franc, infatigable à la peine.

Le 1er avril 1873, Rome le nomme évêque coadjuteur de Mgr Bourget, avec future succession. Il reçoit l’ordination épiscopale en l’église du Gesù, des mains de Mgr Alexandre Taschereau, archevêque de Québec.

À la démission de Mgr Bourget, le 16 mai, 1876, il devient le troisième évêque de Montréal. Il a quarante-neuf ans. Dix ans plus tard, le 8 juin 1886, Rome le nomme premier archevêque de Montréal avec, comme suffragants, les évêques de Saint-Hyacinthe et de Sherbrooke.

Incidemment, c’est sous Mgr Fabre que s’effectuera une troisième partition du diocèse par la création en 1892, du diocèse de Valleyfield, au sud-est du territoire initial.

Pendant les vingt années de son épiscopat comme évêque titulaire de Montréal, il n’aura pas d’auxiliaire et devra présider toutes les célébrations importantes. Il ordonnera 210 prêtres de son diocèse, auxquels il faut ajouter 820 autres prêtres, appartenant à 88 diocèses canadiens, américains ou autres, prêtres formés par le Grand Séminaire de Montréal; il confirmera 222 438 enfants, fera 1 254 visites de paroisses… Ses qualités de liturgiste et de président d’assemblée seront largement mises à profit.

À l’instar de Mgr Bourget, il accueillera dans son diocèse dix communautés religieuses venues d’Europe : les Petites Sœurs des Pauvres, les Trappistes, les Rédemptoristes, les Pères du Saint-Sacrement, les Franciscains, les Montfortains, les Frères Maristes, les Frères de Saint-Gabriel, les Frères du Sacré-Cœur, les Frères de l’Instruction Chrétienne.

Une forte crise économique durant le dernier quart du XIXe siècle, et qui sévit particulièrement entre les années 1879 et 1884, obligera Mgr Fabre à faire face à de grandes difficultés financières dans son diocèse. Taux élevé de chômage, fort accroissement de la population urbaine due à l’immigration et à la venue de milliers d’habitants en ville, déstabiliseront toute l’économie de Montréal. L’Archevêché prend d’abord en charge la dette cumulative de 840 000 $ des seize nouvelles paroisses de l’île de Montréal. Puis, dans sa lettre circulaire du 10 juin 1879, Mgr Fabre propose quelques solutions pratiques. Il demande à chaque Fabrique un prêt de 1 000 $ sans intérêt, fait de même pour les communautés religieuses, pour les particuliers plus à l’aise. On organise bazars, soirées récréatives, quêtes, dons. Mgr Bourget, retraité et malade, s’offre à quêter lui-même un peu partout.

Mgr Fabre veille néanmoins à ce que l’Église de Montréal manifeste la plus grande générosité possible envers les chômeurs et leurs familles. Avec un de ses prêtres, le populaire curé Antoine Labelle, il promeut la colonisation…

La situation économique s’étant améliorée, les travaux de construction de la cathédrale Saint-Jacques, interrompus pendant sept ans, peuvent reprendre en 1885. Ils seront achevés en 1894, soit 42 ans après l’incendie de la précédente cathédrale érigée sous Mgr Bourget.

Signalons encore les démarches entreprises par Mgr Fabre pour faire avancer la cause de l’Université de Montréal. La Congrégation de la Propagande, de qui relevait alors la chartre pontificale de l’université, avait promis à celle-ci un statut de succursale de l’Université Laval. Grâce à la constitutionjamdudum du 2 février 1889, obtenue de Rome par Mgr Fabre, l’Université de Montréal devient quasi indépendante. L’incorporation nouvelle et l’ouverture de cours à l’automne 1890 sanctionnent l’existence des facultés de théologie, droit, médecine, arts.

À travers ses actes pastoraux; visites, rencontres, célébrations, comme dans sa gestion rigoureuse et ses initiatives sociales et culturelles, Mgr Fabre s’est toujours montré homme affable, jovial, conciliateur, supérieurement intelligent. Sa bonhomie et sa popularité faisaient qu’il était très à l’aise en présence de toutes les catégories de personnes. Ce qui ne l’empêchait cependant pas de hausser le ton, parfois avec un certain rigorisme, pour condamner des conduites ou des déviances qu’il estimait néfastes pour ses diocésains.

Il laissera à son successeur un diocèse en bonne santé, avec ses 450 000 fidèles, ses 503 prêtres diocésains ou religieux, ses 33 communautés de femmes et d’hommes, ses 164 paroisses.

Mgr Édouard-Charles Fabre meurt le 30 décembre 1896 dans sa résidence épiscopale, à l’âge de 69 ans, entouré de la sollicitude de ses prêtres. À sa demande, il n’y aura pas d’éloge funèbre lors de ses obsèques. Ses restes mortels reposent à la Cathédrale, dans la chapelle funéraire des évêques.

Mgr Paul Bruchési, quatrième évêque et deuxième archevêque de Montréal, est un homme reconnu pour son intelligence vive, son ouverture d’esprit, son éloquence et son amour de l’Église. C’est sous son épiscopat que l’Oratoire Saint-Joseph (1904) est fondé, et que se déroule à Montréal le 20e Congrès eucharistique international (1910) qui s’est avéré un succès remarquable. C’est encore sous son leadership que fut obtenu le statut d’autonomie pour l’Université de Montréal (1919).

Mgr Bruchési a érigé 63 paroisses et publié plusieurs mandements et lettres pastorales, notamment sur la justice, la question ouvrière, la paix et le mariage.

Dans la paroisse Saint-Joseph de Montréal, milieu alors réputé voisinant la future Cathédrale, naît, le 29 octobre 1855, Paul Bruchési, fils de Paul-Dominique Bruchési et de Caroline Aubry. Il fait partie d’une famille de sept enfants; un autre de ses frères, Barthélemy, sera prêtre également; un autre, Benjamin, avocat.

Il fait ses études classiques au Collège de Montréal, sa philosophie au Séminaire d’Issy-les-Moulineaux, près de Paris, sa théologie et son droit canonique à Rome, au Séminaire français, au Collège romain et à l’Apollinaire, d’où il obtient un doctorat en théologie et un doctorat en droit canonique.

Il reçoit l’ordination sacerdotale en la Basilique Saint-Jean-de-Latran, le 21 décembre 1878, des mains du cardinal Rafaele Monaco La Valetta. Parmi les autres ordinands se trouve Giacomo Della Chiesa, qui deviendra le pape Benoît XV.

De retour à Montréal en 1879, il est nommé secrétaire particulier de Mgr Fabre. De 1880 à 1884, il est professeur de dogme à l’Université Laval de Québec. De retour à Montréal en 1885, il est successivement vicaire aux paroisses Saint-Joseph et Sainte-Brigide. Au cours de l’année 1887, il devient le directeur de la revue diocésaine appelée alors La Semaine religieuse. En septembre de la même année, il est chargé d’un cours d’apologétique à l’Université Laval de Montréal.

En 1891, Mgr Fabre le nomme chanoine titulaire de la Cathédrale. Le dimanche de Pâques, 24 mars 1894, à l’occasion de l’ouverture officielle de la cathédrale Saint-Jacques, Mgr Fabre lui confie de prononcer devant un vaste auditoire, le premier sermon dans le nouveau temple.

Le 25 juin 1897, six mois après la mort de Mgr Fabre, le pape Léon XIII invite le chanoine Bruchési à devenir archevêque de Montréal, et le 8 août suivant, Mgr Louis-Nazaire Bégin, archevêque de Québec, lui confère à la Cathédrale l’ordination épiscopale.

Cette nomination n’étonnera personne. À quarante-deux ans, le nouvel archevêque avait déjà fait montre d’aptitudes et de qualités qui justifiaient le choix de Léon XIII : intelligence vive, ouverture d’esprit, solidité doctrinale, connaissance approfondie des préoccupations et des problèmes du monde contemporain, raffinement de l’homme, éloquence de l’orateur, amour et respect du pape et de l’Église universelle. Son long épiscopat de quarante-deux années, heureux d’abord puis tragique, allait répondre aux attentes puis susciter la compassion.

Mgr Bruchési commence sa mission en visitant, une à une, quelque dix communautés religieuses féminines sur lesquelles il compte beaucoup et qu’il portera toujours dans son cœur.

C’est sous l’épiscopat de Mgr Bruchési et avec son approbation que fut fondé, en 1904, l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal. L’archevêque présida aux premiers et rapides développements du sanctuaire.

C’est encore sous son épiscopat qu’un quatrième démembrement du diocèse fut effectué pour créer en 1904, le diocèse de Joliette dans la région Nord-ouest du territoire initial.

La page historique la plus belle et qui marqua le plus la vie et l’épiscopat de Mgr Bruchési fut sans contredit celle de la préparation, de l’élaboration et de la célébration du Congrès eucharistique international de Montréal, du 7 au 11 septembre 1910. Il vaut la peine de s’y arrêter un peu.

En 1909, s’était tenu à Londres le vingtième Congrès eucharistique. Mgr Bruchési y était et avait prononcé un discours fort remarqué. L’idée lui vint de demander au comité central des Congrès la permission d’organiser le vingt et unième Congrès à Montréal. On fit remarquer à l’archevêque qu’il ne s’était pas encore tenu de Congrès eucharistique en Amérique et que Montréal n’était pas la plus grande ville d’Amérique… C’est la plus grande ville catholique, répondit le prélat avec un subtil à propos qui l’aida sûrement à gagner sa cause.

Le Saint-Père Pie X nomma le cardinal Vincenzo Vanutelli comme légat. Plus de cent vingt-cinq évêques du monde entier répondirent à l’invitation de Mgr Bruchési. L’événement fut un succès total. L’archevêque y brilla dans l’improvisation, la présentation des orateurs, les remerciements de circonstance.

Un seul épisode vint jeter le froid et le chaud à la fois. Il est bien connu des personnes d’un certain âge. La veille de la clôture du Congrès, soit le 10 septembre, en l’église Notre-Dame remplie à capacité, Mgr Bourne, archevêque de Westminster, prononça un discours où il développa le thème suivant : Le Canada doit grandir, se peupler de colons d’origines diverses qui parleront tous l’anglais, il faut que l’Église catholique utilise l’influence grandissante de l’anglais au Canada… Il faut allier à l’avenir la religion catholique et la langue anglaise. Étonnement et consternation dans l’auditoire. À la fin de l’intervention de Mgr Bourne, l’archevêque de Saint-Boniface, Mgr Adélard Langevin, défenseur de la cause française dans l’Ouest du pays, s’approche d’Henri Bourassa, qui était le troisième orateur à venir, et lui dit : Nous ne pouvons pas laisser passer cela; il faut que vous répondiez. Bourassa glissa, de fait, dans le texte qu’il avait préparé une réponse improvisée et respectueuse aux propos de l’archevêque de Westminster. Référant au statut minoritaire des francophones, il lança ces mots : « Laissons aux catholiques de toutes les nations qui abondent sur cette terre hospitalière du Canada, le droit de prier Dieu dans la langue qui est en même temps celle de leur race, de leur pays, la langue du père et de la mère. N’arrachez à personne, ô prêtres du Christ, ce qui est le plus cher à l’homme, après le Dieu qu’il adore… Mais, dira-t-on, vous n’êtes qu’une poignée; vous êtes fatalement destinés à disparaître; pourquoi vous obstiner dans la lutte ? Nous ne sommes qu’une poignée, c’est vrai; mais ce n’est pas à l’école du Christ que j’ai appris à compter le droit et les forces morales d’après le nombre et par les richesses. Nous ne sommes qu’une poignée, c’est vrai, mais nous comptons pour ce que nous sommes, et nous avons le droit de vivre ». Ovation et fin de l’épisode.

Le lendemain, le Congrès se clôtura par une impressionnante procession dans les rues de la ville. Commencée vers midi, la procession ne se termina que le soir, vers sept heures, au Parc Jeanne-Mance par le Salut du Très Saint Sacrement.

Ce Congrès est inscrit dans l’histoire du Québec, du Canada, de l’Église universelle. Le mérite en revient en grande partie à l’action et aux multiples talents de Mgr Bruchési. L’archevêque de Montréal, a-t-on pu écrire, fut de bout en bout la figure centrale du Congrès.

Le dernier geste de longue portée que réussit Mgr Bruchési, avant d’entrer dans la longue souffrance de sa maladie, fut d’obtenir le statut d’autonomie pour l’Université de Montréal, le 29 avril 1919. Son habileté a permis de conduire à bon terme le long dialogue mené avec Rome pendant quarante-trois ans.

Revenant aux riches années de sa vie active, soulignons que Mgr Bruchési érigea soixante-trois paroisses, publia de nombreux mandements et lettres pastorales sur les sujets les plus divers : le mariage chrétien, la justice, la question ouvrière, la paix.

Dès 1919, Mgr Bruchési avait ressenti les symptômes d’un mal étrange, caractérisé par un mélange de dépression physique et d’angoisse morale qui lui enlevait toute initiative et toute capacité de décision. On a observé que sa maladie coïncide avec la disparition d’un vicaire général qu’il aimait beaucoup, Mgr Émile Roy. Certains y voient les séquelles des fortes pressions auxquelles l’archevêque fut soumis durant la guerre et qui l’auraient prématurément usé.

Voilà donc que pendant dix-huit ans, Mgr Bruchési vivra à l’ombre de la croix, réalisant plus que jamais sa devise En Dieu je me confie. Le 18 octobre 1921, son auxiliaire depuis 1912, Mgr Georges Gauthier, est nommé administrateur apostolique et le 24 janvier 1923, coadjuteur avec droit de succession.

Suivront quinze années d’une sorte de réclusion dans les appartements de l’archevêché, puis trois dernières années qui lui permettront de sortir quelques fois pour rendre visite à des communautés religieuses. Compatissant, Mgr Gauthier l’entoure toujours d’une profonde vénération.

Le 20 septembre 1939, Mgr Paul Bruchési rendit son âme à Dieu. Il avait 84 ans. Ses funérailles furent célébrées à la Cathédrale devant une assistance considérable, réunissant une trentaine d’évêques, des centaines de prêtres, une foule de fidèles. Elles furent présidées par Mgr Georges Gauthier, qui conclut l’éloge funèbre de son prédécesseur par ces mots bien appropriés et touchants :

Vous êtes entré, nous en avons le ferme espoir, dans le rajeunissement définitif du Ciel. Vivez glorieusement dans le sein de Dieu. Nous vous y suivrons de notre filial et fidèle souvenir, faisant nôtre la parole de saint Paul : « Souvenez-vous de vos pasteurs qui vous ont prêché la parole de Dieu et, connaissant quelle a été la fin de leur vie, imitez leur foi « . 

Cinquième évêque et troisième archevêque de Montréal, Mgr Gauthier eut un épiscopat d’une durée très brève (1 an). Coadjuteur de Mgr Bruchési pendant 18 ans, il connaît bien le diocèse et s’avère un pasteur d’une grande sagesse, doué d’un don d’orateur hors du commun.

Il s’intéresse à l’éducation de jeunes filles. Entre 1920 et 1923, à titre de recteur de l’Université de Montréal, il met sur pied une Faculté des lettres, une Faculté des sciences et l’École des sciences sociales, économiques et politiques. Au plan social, il est l’un des premiers promoteurs du syndicalisme catholique. Durant son épiscopat, il crée 37 paroisses, accueille 17 communautés religieuses et en érige canoniquement quatre.

Georges Gauthier est né à Montréal le 9 octobre 1871, fils de François- Xavier Gauthier et de Marie Généreux. Il est le dernier d’une famille de huit enfants : un autre de ses frères deviendra prêtre sulpicien. Il fait ses études au Collège de Montréal, au Séminaire de Philosophie et au Grand Séminaire.

Ordonné prêtre le 29 septembre 1894, il part aussitôt pour Rome où il poursuit des cours en droit canonique à l’Apollinaire et au Collège romain, y obtenant un doctorat en cette discipline.

1897 : De retour à Montréal, il enseigne le droit canon au Grand Séminaire.

1898 : Il est attaché à l’église Cathédrale tout en étant aumônier au Mont Sainte-Marie, institution alors prestigieuse des Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame.

1904 : Il est nommé curé de la Cathédrale, ainsi que chanoine titulaire du Chapitre diocésain.

1912 : Le 23 juin, le chanoine Gauthier est élu évêque auxiliaire à Montréal.

1917 : Il est nommé vice-recteur de l’Université Laval à Montréal.

1920 : Il devient le premier recteur de l’Université de Montréal, en voie de devenir autonome.

1921 : Le 18 octobre, Rome le nomme administrateur apostolique du diocèse, en raison de la santé chancelante de Mgr Bruchési.

1923 : Le 5 avril, la Sacrée Congrégation de la Consistoriale émet un rescrit nommant Mgr Gauthier archevêque de Tharona et coadjuteur de Montréal avec droit de succession.

1939 : Le 20 septembre, à la mort de Mgr Paul Bruchési, Mgr Georges Gauthier, après dix-huit ans comme administrateur puis coadjuteur, devient archevêque en titre de Montréal.

Le pasteur sage

Mgr Gauthier est un homme de très grande culture et de sage réflexion. Il lit beaucoup et retient tout avec une facilité extraordinaire. Il est un observateur rigoureux, conscient des nouvelles réalités de son diocèse.

L’orateur hors pair

Son incomparable éloquence lui sera un atout précieux dans toutes les circonstances. Sa pensée élevée, l’habileté de ses développements vivants et imagés, sa diction parfaite, sa voix chaude et sympathique, ses gestes naturels subjugueront tous ses auditeurs. Que ce soit ici ou à l’étranger, ses discours impressionnent. On l’a particulièrement remarqué au Congrès eucharistique de Lourdes en 1914 (accompagné d’un Henri Bourassa vibrant) ainsi qu’au Congrès de Chicago en 1926. À l’un ou à l’autre endroit, il prononça un discours brillant devant des personnages éminents. Il sera toujours à la hauteur, quelle que soit la manifestation.

L’éducation, tant primaire que supérieure, sera une des préoccupations majeures de Mgr Gauthier.

L’Université de Montréal tiendra une grande place dans ses soucis. Le nom de Mgr Gauthier est à joindre à ceux de Mgr Bourget, de Mgr Fabre, de Mgr Bruchési dans les démarches en vue d’une pleine reconnaissance de l’Université de Montréal. C’est d’ailleurs à la demande de Mgr Bruchési qu’il entreprend en 1917 les derniers pourparlers en ce sens. Il y mettra à profit son expérience de vice-recteur, puis de recteur, pour faire avancer les choses. L’année 1919 marque le « détachement » ad experimentum de l’Université Laval. L’année 1920 voit l’octroi d’une charte civile qui donne à l’Université de Montréal une existence légale. En 1924, Rome lui concède une « autonomie définitive » et en 1927, une bulle pontificale vient ratifier cette autonomie. Longue gestation où s’entremêlent l’Université Laval réticente, l’autorité romaine et le pouvoir civil.

Au début de son rectorat (1920-1923), Mgr Gauthier mettra sur pied une Faculté des lettres, une Faculté des sciences et l’École des sciences sociales, économiques et politiques.

Un trait à souligner de l’œuvre universitaire de Mgr Gauthier est la collaboration intense qu’il a voulue et favorisée entre laïques et ecclésiastiques dans la vie et le développement de l’Université de Montréal.

Mgr Gauthier donne aussi un élan à l’enseignement supérieur des jeunes filles et à la préparation des professeurs à l’enseignement. Il appuya et encouragea la fondatrice de l’Institut pédagogique (1926), mère Saint-Anne-Marie, c.n.d., une éducatrice remarquable qui avait déjà établi le premier collège classique pour jeunes filles à Montréal, le Collège Marguerite-Bourgeoys (1908). Mgr Gauthier soutint encore la fondation de plusieurs scolasticats-écoles normales, favorisa le régime d’externat classique à Montréal par la fondation des collèges André-Grasset (1927) et Sainte-Croix (1929).

Nous devons à Mgr Gauthier la fondation de l’École sociale populaire pour l’éveil et la formation à l’engagement social des chrétiens.

L’éducation, tant primaire que supérieure, sera une des préoccupations majeures de Mgr Gauthier.

L’Université de Montréal tiendra une grande place dans ses soucis. Le nom de Mgr Gauthier est à joindre à ceux de Mgr Bourget, de Mgr Fabre, de Mgr Bruchési dans les démarches en vue d’une pleine reconnaissance de l’Université de Montréal. C’est d’ailleurs à la demande de Mgr Bruchési qu’il entreprend en 1917 les derniers pourparlers en ce sens. Il y mettra à profit son expérience de vice-recteur, puis de recteur, pour faire avancer les choses. L’année 1919 marque le « détachement » ad experimentum de l’Université Laval. L’année 1920 voit l’octroi d’une charte civile qui donne à l’Université de Montréal une existence légale. En 1924, Rome lui concède une « autonomie définitive » et en 1927, une bulle pontificale vient ratifier cette autonomie. Longue gestation où s’entremêlent l’Université Laval réticente, l’autorité romaine et le pouvoir civil.

Au début de son rectorat (1920-1923), Mgr Gauthier mettra sur pied une Faculté des lettres, une Faculté des sciences et l’École des sciences sociales, économiques et politiques.

Un trait à souligner de l’œuvre universitaire de Mgr Gauthier est la collaboration intense qu’il a voulue et favorisée entre laïques et ecclésiastiques dans la vie et le développement de l’Université de Montréal.

Mgr Gauthier donne aussi un élan à l’enseignement supérieur des jeunes filles et à la préparation des professeurs à l’enseignement. Il appuya et encouragea la fondatrice de l’Institut pédagogique (1926), mère Saint-Anne-Marie, c.n.d., une éducatrice remarquable qui avait déjà établi le premier collège classique pour jeunes filles à Montréal, le Collège Marguerite-Bourgeoys (1908). Mgr Gauthier soutint encore la fondation de plusieurs scolasticats-écoles normales, favorisa le régime d’externat classique à Montréal par la fondation des collèges André-Grasset (1927) et Sainte-Croix (1929).

Pendant son mandat d’archevêque coadjuteur, Mgr Gauthier fonda pas moins de trente-sept paroisses.

Il accueillit dans le diocèse dix-sept communautés religieuses et en érigea canoniquement quatre : l’Institut des Sœurs de Notre-Dame-du-Bon-Conseil (1923), ci-haut nommé, la Société des Missions-Étrangères (1925), les Oblates franciscaines de Saint-Joseph (1929), les Filles réparatrices du Divin-Cœur (1929).

Il convoquera, en mai 1933, la tenue d’un Synode diocésain.

Il conduira à bon terme la création du diocèse de Saint-Jean-de-Québec (1933) devenu le diocèse de Saint-Jean-Longueuil, cinquième diocèse à être détaché du diocèse initial de Montréal.

Mgr Georges Gauthier est décédé à l’Hôtel-Dieu de Montréal, le 31 août 1940, à l’âge de 68 ans.

Quelques jours avant sa mort, il avouait à ses prêtres au cours de leur retraite annuelle, sa crainte, non « de la vieillesse, mais du vieillissement » et reconnaissait être entré « au noviciat de la mort ».

Selon ses dernières volontés, ses restes furent déposés dans un modeste cercueil de bois recouvert d’une simple étoffe de drap noir. Aucune oraison funèbre ne fut prononcée lors des funérailles à la Cathédrale. Puis le cercueil fut conduit dans la chapelle funéraire des évêques qu’il avait fait aménager entre 1930 et 1933.

Selon la règle canonique, il a été archevêque titulaire de Montréal pendant moins d’un an, soit pendant onze mois et dix jours. La réalité chronologique nous fait voir cependant que son service épiscopal à Montréal fut de 28 ans, dont 17 ans comme archevêque avec pleins pouvoirs.

Signalons qu’en moins d’un an, le diocèse perdit trois évêques : Mgr Paul Bruchési, décédé le 20 septembre 1939, Mgr Emmanuel-Alphonse Deschamps, auxiliaire, décédé le 23 juin 1940 et Mgr Georges Gauthier, décédé le 31 août 1940.

L’épiscopat de cet évêque ouvre le deuxième siècle de l’histoire de notre diocèse. Il est l’auteur d’un document majeur sur l’Action catholique où il exprime sa confiance en la jeunesse et aux laïcs. En 1941, il confère l’ordination épiscopale à Mgr Lawrence Patrick Whelan qui devient le premier évêque anglophone de la curie diocésaine de Montréal.

Il fonde l’Oeuvre des vocations et porte un intérêt particulier à la formation des maîtres ainsi qu’à la famille, les petits et les pauvres. C’est lors de la célèbre grève de l’amiante (1949) qu’il manifeste le mieux son attachement pour les travailleurs. Sa démission surprise demandée par le Vatican en 1950 met fin prématurément à l’épiscopat de ce pasteur aimé de ses prêtres et de ses fidèles.

C’est dans le village franco-ontarien de Lefaivre que naît, le 31 juillet 1892, Joseph Charbonneau, troisième des dix enfants de Daniel, cultivateur, et de Caroline Yelle. Par sa mère, il est le cousin d’un évêque éminent du pays, Mgr Émile Yelle, p.s.s., archevêque coadjuteur de Saint-Boniface au Manitoba (1933-1941).

Joseph Charbonneau entreprend ses études classiques au Juniorat montfortain d’Huberdeau et les complète au Séminaire de Sainte-Thérèse. C’est au Grand Séminaire de Montréal qu’il fait sa théologie. Il est ordonné prêtre le 24 juin 1916 dans son village natal, par l’archevêque d’Ottawa, Mgr Charles-H. Gauthier.

Il occupe des postes variés qui laissent deviner des talents multiples : vicaire à Gatineau, étudiant en sociologie à l’Université catholique de Washington, de nouveau vicaire à Buckingham, Hawkesbury, Lefaivre, professeur à Montréal où il enseigne la sociologie au Séminaire de Philosophie, enfin étudiant à Rome où il passe deux ans (1923-1925), y obtenant un doctorat en sciences ecclésiastiques.
À son retour, il est nommé premier supérieur séculier du Grand Séminaire d’Ottawa, ajoutant à cette charge celle du vicaire capitulaire, puis de vicaire général, jusqu’à sa nomination, en 1934, comme principal de l’École normale de Hull.

Le 22 juin 1939, Rome le nomme évêque de Hearst, un nouveau diocèse francophone qui vient d’être créé dans le Nord-Ontario. Il y exerce un épiscopat de brève durée : onze mois, le temps d’établir les premières structures du diocèse, de visiter les paroisses, de sensibiliser aux problèmes de la colonisation, de l’agriculture, de l’éducation et d’y être très heureux.

Le 18 mai 1940, Mgr Joseph Charbonneau est désigné comme archevêque coadjuteur de Montréal avec future succession, pour seconder Mgr Georges Gauthier, seul, de santé fragile, et qui mourra le 31 août suivant. Ce même jour, à l’âge de 48 ans, Mgr Charbonneau devient archevêque titulaire de Montréal.

Même peu connu ici, l’homme impressionna beaucoup. Grand de taille, de port noble, front large et cheveux grisonnants, il est la distinction même. Sa voix délicate mais assurée force l’écoute et ses vues souvent novatrices étonnent et suscitent la réflexion.

Le premier geste de Mgr Charbonneau fut l’ouverture, dès octobre 1940, de l’École de service social à l’Université de Montréal, école longtemps désirée par son prédécesseur. On peut y voir un indice des préoccupations sociales du nouvel archevêque.

Le 29 juin 1941, il publie sa Lettre sur l’Action Catholique (64 pages), document majeur de son épiscopat dans lequel il fait le tour des expériences vécues, des structures, des projets, des orientations à prendre pour un mouvement apostolique qui s’est développé à l’intérieur de l’Église du Québec depuis le milieu des années 30 et qui est appelé à y croître largement. L’archevêque dit la confiance qu’il met dans les jeunes générations, la place que doivent prendre les laïcs chrétiens dans tous les secteurs de l’activité humaine.

Le 15 août 1941, il confère l’ordination épiscopale à deux vicaires généraux, dont il fait ses auxiliaires : Mgr Joseph-Conrad Chaumont et Mgr Lawrence Patrick Whelan. Celui-ci devient le premier évêque anglophone à faire partie de la curie diocésaine de Montréal. Audace que certains catholiques francophones jugent discutable, volonté chez Mgr Charbonneau de reconnaître la place et le rôle de la communauté anglophone au sein de l’Église de Montréal. Mgr Charbonneau ne craint pas d’innover.

À l’automne 1941, l’archevêque met sur pied, avec l’aide de M. Georges Perras, p.s.s., l’École normale secondaire pour former des professeurs destinés à l’enseignement classique. Souci éducatif et recherche de compétence pour les maîtres de ce niveau.

Dans un ordre semblable, Mgr Charbonneau participe au premier Congrès de l’enseignement secondaire (classique) à l’été 1942. Dans une allocution adressée aux participants, directeurs et professeurs de tous les collèges classiques du Québec, il a l’audace d’exprimer son regret de voir l’entrée aux universités restreinte aux seuls détenteurs du baccalauréat ès arts : il y aurait tant d’autres jeunes à faire accéder au niveau universitaire. Il y avait là, à ses yeux, une perte énorme de talents au Québec. C’était bien avant le rapport Parent.

Le 2 février 1943, autre initiative concernant la relève sacerdotale, l’archevêque fonde l’Oeuvre des vocations, dont il confie la responsabilité à M. Arthur Delorme, p.s.s. L’Oeuvre s’avère une nécessité plus que jamais impérative aujourd’hui.

Conscient du rôle et de l’importance de la famille dans l’Église et dans la société, et pour souligner le cinquième anniversaire des cent mariages jocistes, il nomme en 1944 le père Albert Sanschagrin o.m.i., aumônier du Service de préparation au mariage, issu de la J.O.C., qui répond à un besoin réel et obtient un remarquable succès : en trois ans, 3 000 couples y reçurent une formation au mariage chrétien. La formule créée ici, s’implante en plusieurs pays.

Dans cette foulée, apparaît en 1945, le Service d’éducation familiale, organisme diocésain de coordination, dans lequel les Pères franciscains s’impliquèrent intensément pour l’étude des différents problèmes de la famille et le soutien à celle-ci.

À la suite de ses prédécesseurs au siège de Montréal et à titre de chancelier de l’Université de Montréal, Mgr Charbonneau suit de près le développement de cette dernière. En 1947, il lança dans son diocèse une campagne de souscription fixée à 11 millions de dollars. C’est la première souscription d’importance pour l’université nouvellement établie depuis 1942 sur les flancs du Mont-Royal.

Il faudrait souligner encore sa préoccupation pour les enfants pauvres qui meurent prématurément, ses inquiétudes face au problème du logement dans son diocèse, son souci de répondre, par la fondation de paroisses (25 durant son épiscopat), aux besoins spirituels d’une population croissante, l’accueil qu’il fait à de nouvelles communautés religieuses, sa prédilection fondamentale pour les petits et les pauvres.

Rien n’illustre mieux cette attention que son attitude lors de la célèbre grève de l’amiante qui sévit, en 1949, aux mines d’Asbestos et de Thetford Mines. Les gestes qu’il accomplit alors sont ceux qui ont le plus marqué l’opinion populaire pendant son épiscopat. Pour donner une voix à la déclaration Sauvons les travailleurs de l’amiante du 1er mai 1949, il prend publiquement et fermement position en faveur des grévistes de l’amiante, ce jour même en l’église Notre-Dame de Montréal. Martelant ses mots, il dit notamment :

« La classe ouvrière est victime d’une conspiration qui veut son écrasement, et quand il y a conspiration pour écraser la classe ouvrière, c’est le devoir de l’Église d’intervenir. Notre cœur est près de cette classe ouvrière et nous ordonnons (cette) collecte pour empêcher que des petits enfants souffrent de la faim. »

Cette intervention de l’archevêque de Montréal eut des échos profonds et nombreux. Des collectes eurent lieu à travers la province et son attitude ne fut pas étrangère au règlement du conflit.

Au début de l’année 1950, un événement tout à fait imprévu secoua la population catholique de Montréal. Confirmant des rumeurs qui circulaient sous le manteau, les journaux du 9 février publièrent la nouvelle de la démission de Mgr Joseph Charbonneau, comme archevêque de Montréal. Que s’est-il donc passé ?

Ceci en bref : le 2 janvier précédent, le courrier de l’archevêque contenait une lettre de la Secrétairerie d’État, lui demandant de présenter sa démission, avec des justifications que nul n’a vues. Cette démission n’était donc pas un geste de sa part; elle lui était dictée. L’archevêque demanda aux autorités vaticanes de se faire entendre, de présenter sa défense. Cela lui fut refusé. La décision était prise, il devait s’y soumettre.

Survenant au cours d’un épiscopat encore jeune, une telle démission créa un étonnement, un choc, une consternation même, chez les prêtres et les fidèles du diocèse. Pourquoi ? Quelles raisons mystérieuses pouvaient la justifier ? On y alla d’hypothèses. Problème politique ? Affrontement avec le gouvernement provincial dirigé alors par M. Maurice Duplessis ? Prise de position de l’archevêque sur des questions sociales ? Divergence de vues à l’Assemblée des évêques du Québec ? Pressions exercées sur Rome et par qui ? Style d’administration laissant à désirer ? Aucune de ces hypothèses n’a pu être vraiment étayée. Des témoins crédibles, des personnes près de l’événement les ont contestées ou démenties. Nous en sommes encore là avec des bribes d’informations.

Ce que nous savons, c’est que le 31 janvier, Mgr Charbonneau quitte Montréal. Il part pour Victoria, en Colombie-Britannique, où il vivra neuf ans, jusqu’à sa mort, dans l’anonymat et la plus grande simplicité, évitant toute publicité. Il visite les malades de l’hôpital Saint-Joseph, accepte d’être aumônier de la Maison provinciale des Sœurs de Sainte-Anne. Il lit abondamment, répond à des nombreuses lettres, accueille beaucoup de visiteurs. Ses jours passent, s’écoulent dans la prière, dans des services rendus, dans les souvenirs sans doute. En 1955, une crise cardiaque. L’après-midi du 19 novembre 1959, il rend l’âme à l’âge de 67 ans.

Ses obsèques furent imposantes à Victoria et à Montréal. Mgr Hill, évêque de Victoria, invita Mgr Laurent Morin, évêque de Prince-Albert et ancien vicaire général du défunt à Montréal, à prononcer l’éloge funèbre.

L’archevêque de Montréal, le cardinal Léger, était en route vers Rome pour y faire sa visite ad limina. Il adressa un message à l’archevêché, disant son « grand désir de voir notre prédécesseur reposer dans la crypte des évêques de Montréal » et encourageant tous les prêtres et les fidèles de Montréal à prier pour celui qui fut, durant dix ans, leur père spirituel.

À Montréal même, le 27 novembre 1959, dans la Cathédrale, d’émouvantes funérailles furent célébrées en présence d’une foule considérable, composée d’évêques, de prélats, de supérieurs religieux, de prêtres particulièrement touchés par le décès de leur ancien archevêque, des membres de sa famille, d’amis, de représentants de tous les gouvernements, de fidèles de tous les milieux. Mgr Sebastiano Baggio délégué apostolique au Canada, en poste depuis peu au pays, prononça un éloge funèbre qui révéla une particulière connaissance du défunt. Il eut ces mots évocateurs :

« La majesté de la mort et sa sublime transfiguration dans la foi et dans la liturgie de l’Église prennent encore plus de relief auprès du cercueil d’un évêque, et surtout de cet évêque à la biographie inquiétante, signée si profondément par le scandale de la croix… »

Mgr Joseph Charbonneau n’avait rien demandé d’autre que d’être inhumé simplement dans le cimetière de sa paroisse natale. Lui qui avait choisi comme devise épiscopaleAd augusta per angusta (Vers les sommets par des voies étroites) entra, dans la chapelle où reposent ses confrères évêques, soutenu par la sympathie d’un délégué apostolique, par la prière d’une foule recueillie et reconnaissante, et avec la croix qu’il avait portée.

Denise Robillard, «Pourquoi Mgr Charbonneau a-t-il démissionné?» Bulletin d’Histoire Politique, 2015, 23 (2), 204–218.

Voir Denise Robillard, Monseigneur Joseph Charbonneau. Bouc émissaire d’une lutte de pouvoir. Québec, PUL, 2013, 507 p.

En 1950, Mgr Léger devient archevêque de Montréal. Personnage flamboyant et prolifique, il crée l’émission de radio Le chapelet en famille et fonde le Foyer de charité ainsi que l’Hôpital Saint-Charles-Borromée. Dès 1952, il met sur pied des organismes diocésains comme le Service diocésain des cours sur la Bible et l’Inquiry Forum (aujourd’hui le Centre canadien d’œcuménisme).

En décembre 1953, il convoque un synode diocésain. Suivent des années marquées par la Grande Mission (1960) et le Concile Vatican II (1962-1965). En novembre 1967, il annonce sa démission et devient missionnaire au Cameroun. Sa présence en Église et dans la cité s’est exprimée par plus de 5 000 allocutions, homélies et discours prononcés dans les milieux les plus divers.

Paul-Émile Léger naît à Valleyfield le 26 avril 1904, fils d’Ernest Léger et d’Alda Beauvais et frère de Jules qui jouera un rôle de premier plan dans la diplomatie canadienne. Il fait ses études classiques au Séminaire de Sainte-Thérèse et ses études théologiques au Grand Séminaire de Montréal. Il est ordonné prêtre le 25 mars 1929, par Mgr Georges Gauthier, pour le diocèse de Valleyfield.

Prêtre, il s’inscrit à Saint-Sulpice et part pour Paris où il fait sa « solitude », obtient une licence en théologie et en droit canon, et enseigne cette dernière discipline au Séminaire d’Issy-les-Moulineaux (1929-1933).

Sa première nomination le conduit en mission au Japon où, pendant six ans, il est supérieur-fondateur du Séminaire de Fukuoka (1933-1939). Il revient alors à Montréal pour enseigner la sociologie au Séminaire de Philosophie (1939-1940). Il consacre ensuite sept ans à Valleyfield où il est vicaire général du diocèse et curé de la cathédrale (1940-1947). Enfin, il devient recteur du Collège pontifical canadien à Rome et en assume la direction pendant trois ans (1947-1950).

C’est de ce dernier poste que le pape Pie XII le choisit pour le nommer archevêque de Montréal le 25 mars 1950. Un mois plus tard, le 26 avril, il est ordonné évêque à Rome, le jour de son 46e anniversaire de naissance. Le soir du 17 mai suivant, Mgr Paul-Émile Léger est intronisé archevêque de Montréal, dans la basilique-cathédrale par le délégué apostolique au Canada, Mgr Ildebrando Antoniutti.

Un épiscopat, deux étapes et deux styles

On l’a déjà souvent signalé : cet épiscopat se partage vraiment en deux étapes vécues dans deux styles différents.

La première étape va de 1950 à 1957 environ. Elle est celle de l’après-guerre, d’un rapide développement industriel, d’une forte expansion démographique, d’une Église qui crée des œuvres et détient un pouvoir certain. Le style pastoral du nouvel évêque n’en exerce pas moins un ascendant profond sur les fidèles qui reconnaissent en Mgr Léger un chef charismatique. Sur le plan de la pensée, il demeure un homme de tradition, méfiant à l’égard des nouveautés.

La seconde étape va de 1958 à 1967. Elle est celle des grandes remises en question dans toute la société québécoise, de l’ébranlement des certitudes d’hier. C’est le début de la « révolution tranquille ». Le style du pasteur est tout autre. Sans perdre son magnétisme, le cardinal Léger est un évêque capable d’une patiente écoute des gens, désireux d’une Église qui sache regarder avec confiance l’évolution des temps et se mettre au service du monde réel.

Le chapelet en famille

Un des premiers gestes de l’archevêque sera de donner une impulsion unique au culte marial dans notre milieu. Il créera « Le chapelet en famille », un quart d’heure de prière familiale tous les soirs, dès l’automne 1950, sur les ondes de la radio. Moment de prière à la Vierge et de méditation sur la vie chrétienne, qui réunit un immense auditoire invisible auquel l’archevêque s’adresse après le souper familial.

Engagements sociaux

Dès le début de son épiscopat, les préoccupations sociales de Mgr Léger s’affirment dans des interventions publiques, dans des engagements personnels hardis, interventions et engagements qui prennent la forme d’initiatives ecclésiales concrètes, avant l’ère de la socialisation.

C’est l’histoire du Foyer de Charité fondé en 1951, et confié à la direction de M. l’abbé Ovila Bélanger, de l’Hôpital Saint-Charles-Borromée, objet de la « Grande Corvée » de 1955, qui accueille depuis lors des milliers de malades chroniques.

Cardinalat et légations

Le 29 novembre 1952, Mgr Paul-Émile Léger est nommé cardinal par le pape Pie XII. C’est une première dans l’histoire du diocèse. Les fidèles sont dans la joie, particulièrement lors de la tenue du Consistoire à Rome, le 12 janvier 1953 et tout au long des réceptions religieuses et civiques organisées au retour à Montréal du nouveau « Prince de l’Église ».

Création d’organismes

Le cardinal Léger s’emploie à renouveler ou à mettre sur pied des organismes diocésains que les temps appellent. C’est ainsi que le Service diocésain des cours sur la Bible naît en mai 1951, en réponse à un désir grandissant des fidèles de mieux connaître l’Écriture.

En janvier 1952, s’ouvre au Gesù, avec le P. Irénée Beaubien, s.j., l’Inquiry Forum, centre d’information sur l’Église qui donnera naissance à une Commission diocésaine d’œcuménisme (1962), puis au Centre canadien d’œcuménisme (1963).

Le Synode diocésain (selon la formule de l’époque) promulgué le 9 décembre 1953, mettra en place de nouveaux rouages de la curie diocésaine. Ce sera la création des Offices qui constituent, depuis lors, sous des noms souvent modifiés, des instances importantes dans l’Église de Montréal : Office du clergé, Office des religieux, Office de l’éducation, Office des œuvres… On instaure un nouveau mode de rémunération des prêtres : le salariat pour tous, y compris pour les curés.

La Grande Mission

Au tournant de son évolution personnelle, comme à celui d’une Église qui allait bientôt entrer en Concile, le cardinal lance en 1960 la « Grande Mission » une opération considérable, inspirée par l’expérience d’une mission réalisée à Milan par le cardinal Montini, futur Paul VI, et qui aura comme thème « Dieu est notre Père ». La « Grande Mission » est l’occasion d’une réflexion sur le milieu. Elle cherche à identifier les besoins pastoraux de l’heure. Elle appelle chacun à la conversion intérieure. Un vaste plan de prédication et de rencontres vise à faire redécouvrir les vérités théologiques fondamentales sur l’Église, sur les responsabilités des laïcs et sur les communautés chrétiennes.

Le bilan de cette « Grande Mission » ? Magnifiquement organisée, elle a certes rejoint et interrogé un nombre considérable de fidèles. Nous étions en chrétienté… mais aussi aux premières heures de la Révolution tranquille, des mutations socioreligieuses en gestation. La « Grande Mission » fut un moment intense de vie ecclésiale.

Le Concile Vatican II

Ce fut sûrement l’autre grand événement de la seconde étape de l’épiscopat du cardinal Léger. Quatre sessions (1962-1965) qui, chaque automne entre septembre et décembre, le menèrent à Rome. La participation du cardinal aux orientations du Concile fut importante et appréciée. Ses interventions, alimentées par les consultations qu’il avait menées à Montréal auprès de groupes de fidèles et de prêtres et mises au point à Rome au fil du déroulement du Concile, furent écoutées avec attention et eurent leur poids d’influence.

À trois jours de la fin du Concile, le cardinal adressa, le 5 décembre 1965, une lettre à tous les membres de l’Église de Montréal, prêtres, religieux et laïcs. Il livre les impressions dernières du Père conciliaire heureux et enthousiaste qu’il fut.

« Le Concile Vatican II a répondu aux espérances qu’il avait suscitées… (Il) a été une nouvelle Pentecôte… C’est à l’esprit même de l’Évangile qu’il ramène et à une purification radicale, selon cet esprit. Il a voulu rénover la vie et les comportements chrétiens. »

Une Église allégée

Avant le Concile, pendant et après, le cardinal Léger s’applique à modifier certains traits de l’Église diocésaine. Il manifeste une ouverture à la prise en charge par les laïcs de leurs responsabilités sociales, particulièrement dans le domaine de l’éducation. Par exemple : Le Collège Saint-Paul est confié aux laïcs (1961). Des laïcs, au lieu des prêtres, sont désignés aux trois postes de commissaires qui sont laissés à la décision de l’archevêque de Montréal à la C.E.C.M. (1964).

L’Église, estimait le cardinal, devait être déchargée de certains pouvoirs, d’un certain rôle de suppléance. Omniprésente jusque là, elle acceptait d’être délestée de charges qu’elle ne pouvait plus porter et que la société était devenue apte à assumer.

Une Église présente

La volonté de rendre l’Église présente dans le milieu montréalais caractérise finalement, l’épiscopat du cardinal Léger. Présence sur le territoire : 109 nouvelles paroisses, missions, communautés ethniques et rituelles, érigées en dix-sept ans. Présence par la parole abondamment prise en Église et dans la cité : 5 000 allocutions, homélies, discours prononcés dans les milieux les plus divers. Présence bien visible, agissante et croissante dans les années cinquante, se faisant plus discrète, capable de détachement et de partage dans les années soixante.

Nouvelle appréhendée mais qui n’en fit pas moins choc. Le 9 novembre 1967, lors d’une conférence de presse à l’Archevêché de Montréal, le cardinal Paul-Émile Léger annonce sa décision de quitter son poste d’archevêque de Montréal pour aller missionner en Afrique. Son départ de Montréal n’est pas une fuite. Il s’inscrit dans « une logique de foi et de vie ». Le cardinal s’en ouvre sereinement :

« … Pourquoi quitter le navire au moment où il affronte la tempête ?… C’est justement cette crise religieuse qui m’incite à quitter un poste de commande pour redevenir un simple prêtre missionnaire… Au Synode des évêques, de 1967, durant la discussion sur le problème de la foi et sur l’athéisme, j’ai vécu un véritable drame de conscience… Le Seigneur exige de moi des actes, en plus des paroles ».

Le 7 décembre suivant, il s’envole vers l’Afrique, vers le Cameroun où l’évêque de Yaoundé, Mgr Jean Zoa, un ami, l’accueillera avec beaucoup d’égards. Sous la dictée du cardinal Paul-Émile Léger, l’Église de Montréal venait d’écrire un très riche chapitre de son histoire.

Quittant son poste à Montréal à l’âge de 63 ans, le cardinal Léger n’a jamais considéré qu’il entrait en retraite. Les vingt-quatre années qu’il lui restait à vivre, il devait les consacrer à servir encore l’Église avec ardeur. Sa devise l’inspirait :Ipsa duce non fatigaris (Sous la conduite de Marie, tu ne connaîtras pas la fatigue). Résumons ces années.

Il missionne à Yaoundé pendant sept ans. Il loge dans une modeste roulotte, connaît les nuits longues et noires du pays, des moments de solitude aussi. Il préside des célébrations liturgiques, visite les villages, s’entretient beaucoup avec les enfants. Il fait construire un hôpital moderne pour les lépreux…

A l’âge de 70 ans, il revient à Montréal, s’offre à faire du ministère paroissial, mais constate les limites de son âge. Il poursuivra plutôt dans une visée missionnaire.

Il se consacre à l’œuvre humanitaire qu’il a fondée « Fame pereo », qu’il insérera dans une entreprise plus large : « Le Cardinal Léger et ses œuvres » dont les objectifs sont variés; aide à des pays d’Afrique, aide aux personnes âgées d’ici, etc. Une équipe bien structurée de collaborateurs et collaboratrices s’emploie à recueillir les offrandes et à distribuer les dons reçus. Il se fait un plaisir chaque avant-midi, de les rencontrer, de causer de façon détendue avec l’un ou l’autre. Il répond à son courrier.

L’âge et les maladies lui sont des contraintes qui le retiennent à la résidence du Vieux-Séminaire où il vit avec ses confrères sulpiciens.

Hospitalisé à l’Hôtel-Dieu, il y décéda le 13 novembre 1991, âgé de 87 ans. Pendant deux jours entiers, il reposera en chapelle ardente à la basilique Notre-Dame, où des milliers de Montréalais viendront lui rendre hommage, d’un regard et d’une prière. C’est là aussi qu’ont lieu des funérailles émouvantes, le 16 novembre. Puis sa tombe sera transportée à la basilique-cathédrale et placée dans la chapelle funéraire des évêques.

Mgr Paul Grégoire devient archevêque de Montréal peu de temps après la démission du cardinal Paul-Émile Léger. Son épiscopat est marqué par les suites à donner au Concile Vatican II dans un milieu en pleine révolution tranquille. Il structure la curie diocésaine : Conseil presbytéral (1969), Conseil pastoral (1972), Conseil des religieux (1975) et Conseil épiscopal (1971), Catéchuménat diocésain (1976) et Office de la famille (1980).

Il est l’homme des grands projets pastoraux diocésains et du renouveau sacramentaire. On lui doit : les stages de formation offerts aux prêtres (Stage de Rome); le Service du diaconat permanent; la création de la Maison du Père, du Service de pastorale missionnaire et du Comité diocésain sur la condition de la femme.

Paul Grégoire naît le 24 octobre 1911, dans la paroisse Saint-Clément de Viauville, à Montréal, mais peu après sa naissance, sa famille s’établira à Verdun où il vivra son enfance et son adolescence. Il est le fils aîné de J. Albert Grégoire et de Marie Lavoie. Il aura deux autres frères et ses parents adopteront, quand il sera dans la vingtaine, neuf cousins et cousines, enfants d’un oncle veuf au terme de ses jours. 

Il fit des études classiques brillantes au Séminaire de Sainte-Thérèse (1925-1933) et de même des études théologiques au Grand Séminaire de Montréal (1933-1937). Il est ordonné prêtre à la cathédrale de Montréal, le 22 mai 1937.

Sa première nomination le ramène au Séminaire de Sainte-Thérèse. Il y poursuit une carrière d’enseignement, coupée d’études universitaires à Montréal, obtenant un doctorat en philosophie, une licence en lettres, une maîtrise en histoire et un certificat de compétence pédagogique, pour devenir, après toutes ces études, directeur des élèves au Séminaire de Ste-Thérèse (1937-1950).

En 1950, Mgr Paul-Émile Léger lui confie la tâche d’aumônier des étudiants de l’Université de Montréal, ministère qu’il accomplira pendant onze ans (1950-1961), les étudiants l’appelant déjà familièrement Mgr Greg.

Le 27 décembre 1961, il est ordonné évêque, à titre d’auxiliaire de l’archevêque de Montréal, le cardinal Paul-Émile Léger, et désigné aux postes de vicaire général et de directeur de l’Office du clergé. Il s’appliquera notamment à préparer la mise en place des zones pastorales, groupement de paroisses faisant suite à l’enquête socioreligieuse de M. l’abbé Norbert Lacoste sur la pratique religieuse dans le Grand Montréal; le rapport de cette enquête venait d’être déposé en novembre 1961. Pendant la tenue du Concile Vatican II, il sera administrateur du diocèse, en l’absence du cardinal, pour les sessions d’automne 1962, 1963,1965 et participera à Rome à la session 1964.

De nouveau administrateur apostolique le 11 décembre 1967, au départ du cardinal, il est nommé, par Paul VI, archevêque de Montréal, le 20 avril 1968.

Mgr Paul Grégoire assume sa charge à un moment crucial dans l’histoire de l’Église universelle comme dans celle de l’Église diocésaine. Le Concile Vatican II vient de se terminer, en 1965. Il s’agit de lui donner des suites et d’appliquer de façon concrète les grandes orientations qu’il a tracées. Au pays, nous vivions encore la « révolution tranquille » et les bouleversements d’une société qui, pour faire peau neuve, rejette allègrement bien des valeurs et veut tourner le dos au passé. Il s’agit de rassembler toutes les forces vives de la communauté chrétienne pour affronter les vents à venir.

Dans l’allocution inaugurale de son épiscopat, Mgr Grégoire parle d’unité, de rassemblement, de nouvelles structures axées sur la participation des prêtres, des religieuses, des religieux et des fidèles, à tous les niveaux de responsabilités.

En s’appuyant sur des comités provisoires, en y mettant le temps qu’il fallait, Mgr Grégoire s’applique à créer les Conseils suggérés ou prescrits par le Concile Vatican II :

le Conseil presbytéral (1969), pour étudier les questions relatives à la vie et au ministère des prêtres, ainsi que les questions pastorales sur lesquelles les prêtres ont des avis à exprimer;

le Conseil pastoral (1972), majoritairement composé de laïcs, pour collaborer avec l’évêque à la promotion de la pastorale d’ensemble;

le Conseil des religieux (1975), pour assurer à ceux-ci un carrefour d’échanges, en vue d’une meilleure implication dans la vie et l’action de l’Église diocésaine à partir de leurs charismes.

Il faudrait ajouter la formation d’un Conseil qui réunit autour de l’évêque ses collaborateurs immédiats de la curie diocésaine, groupe qui s’est appelé Exécutif de l’Évêque (1971) puis Conseil épiscopal.

La dimension et l’extrême diversité du diocèse appelaient des instances intermédiaires de regroupement. C’est ainsi que Mgr Grégoire adopte la formule des régions pastorales ayant chacune à leur tête un vicaire épiscopal. Le diocèse compte 1 570 000 catholiques, répartis en six régions pastorales francophones, un groupement des paroisses pour les catholiques de langue anglaise, et un groupement des communautés ethniques et rituelles.

Les vicaires épiscopaux de régions sont nommés à compter de 1976.

Ces éléments structurels nécessaires devaient, dans les vues de Mgr Grégoire, soutenir les orientations majeures de l’Église de Montréal, inspirées des grands thèmes du Concile. Ces orientations prennent la forme de projets pastoraux diocésains. Préparés par des équipes ad hoc qui produiront, pour chacun des projets, des documents explicatifs et des instruments pratiques, ces projets ont des titres significatifs et généreux : Bâtir des communautés vivantes (1974), Ensemble annoncer Jésus-Christ (1977), Responsabilités et engagements des chrétiens dans l’Église et dans la société (1982). Ces projets furent providentiellement suivis d’événements festifs qui les prolongeaient en quelque sorte : visite du Pape au Canada, particulièrement chez nous à Montréal (1984), célébration du 150e anniversaire du diocèse (1986), cardinalat de Mgr Paul Grégoire (1988).

Toujours dans la foulée du Concile, les sacrements et leur célébration subirent, sous l’initiative et avec l’appui de Mgr Grégoire, une heureuse cure de rajeunissement. Rappelons la pastorale du baptême des enfants avec le document fort prisé : Porté au baptême (1978), et les comités paroissiaux de pastorale du baptême, d’autres comités pour les sacrements de l’initiation chrétienne (pardon, eucharistie, confirmation).

Il faut greffer ici deux créations qui ont trait, aux sacrements : le Catéchuménat diocésain, mis sur pied en 1968, destiné aux adultes qui demandent la foi et le baptême et qui sont accueillis, initiés et accompagnés par des croyants engagés; l’Office de la famille, lancé en 1980, après trois ans de préparation. Dans une vraie collaboration prêtres/laïcs, on se consacre à revaloriser le mariage chrétien à travers une triple action (préparation au mariage, animation des couples mariés et de leur famille, soutien aux foyers qui connaissent des difficultés particulières).

Mgr Grégoire a toujours fait montre d’une préoccupation attentive pour ses confrères prêtres. Il a multiplié pour eux les initiatives de soutien et de valorisation : c’est son souci de formation permanente, ce sont les diverses formes de recyclage, ce sont les stages de Rome qui ont profité à plus de 264 prêtres depuis vingt-quatre ans, les stages de Pierrefonds à l’intention des prêtres des diocèses du Québec, c’est l’ouverture de la Résidence Ignace-Bourget qui accueille, depuis 1981, les prêtres retraités, autonomes ou malades, les convalescents, avec un service de premier ordre pour les cinquante prêtres qui y logent; c’est à l’autre bout, l’Oeuvre des vocations dont l’action plus nécessaire que jamais, propose aux jeunes l’engagement en Église dans le sacerdoce.

Ce retour aux sources, proposé par le Concile Vatican II, a été bien accueilli par l’Archevêque. C’est en 1976 qu’il a ordonné le premier diacre permanent. En 1990, on en comptait 57 (90 en 2000). Rattachés à l’évêque, les diacres accomplissent des ministères de liturgie, de prédication, de témoignage, de service de la charité. Mgr Grégoire a vu à leur formation, à leur croissance spirituelle, grâce aux guides qu’il leur a donnés. Ils sont aujourd’hui de nouveaux et précieux ouvriers dans la vigne du Seigneur.

Mgr Grégoire s’est employé à faire toujours plus grande la place des laïcs et des religieux, femmes et hommes, dans l’Église, leur donnant des mandats pastoraux qui les authentifiaient comme engagés dans l’Église, en pastorale paroissiale, hospitalière, scolaire. Dans les services diocésains, dans les mouvements d’action, dans les groupes spirituels, ils ont des responsabilités réelles, ils apportent une riche contribution à la vie ecclésiale.

On sait les prises de position de l’archevêque dans le domaine changeant de l’éducation. Il a contribué largement à l’expression, par les évêques du Québec, de vues ouvertes, respectueuses de la diversité cultuelle et culturelle de la population. Cela tout en insistant sur la dimension religieuse comme composante essentielle de la formation intégrale des jeunes, ainsi que sur l’apport bénéfique de la pastorale scolaire, que les milieux scolaires apprécient.

Les démunis, les personnes seules, les immigrants, les itinérants ont toujours été au cœur de ses préoccupations sociales. On sait que dès 1969, il créait la Maison du Père pour les itinérants, œuvre dont on ne compte plus les services dans notre milieu montréalais. On sait aussi les interventions publiques remarquées que l’Archevêque fit lors de la crise d’octobre 1970, lors des conflits hospitaliers et scolaires de 1976, lors de la grève des hôpitaux de 1979. On connaît son accueil aux réfugiés de l’Ouganda en 1979, aux réfugiés de l’Asie du Sud-Est qui suscitèrent tant de générosité chez les membres de l’Église avec les 200 comités formés et les 2 000 personnes accueillies.

Il faudrait encore parler de son soutien indéfectible à la Société de Saint-Vincent-de-Paul, de la relance du Service de presse, de la relance du Comité de construction et d’art sacré, souligner aussi l’action du Service de pastorale missionnaire, du Comité diocésain sur la condition des femmes dans l’Église de Montréal.

Tout cet engagement et ce service généreux à l’Église de Montréal méritaient un repos qui était même devenu obligatoire. Au jour de ses soixante-quinze ans en 1986, Mgr Grégoire présente sa démission au Saint-Père et attend une réponse. Celle-ci tarde à venir pour se présenter au printemps 1988, sous une forme totalement inattendue : Mgr Grégoire sera fait cardinal le 28 juin 1988. Chacun comprend que Jean-Paul II lui apporte la reconnaissance de ses mérites. Docile, Mgr l’Archevêque se rend à Rome, avec ses collaborateurs immédiats.

Les étapes du consistoire sont pour lui une prière, une longue prière, une « célébration » dans la joie, coupée de rencontres amicales. Les fidèles de Montréal se réjouissent et lui feront grande fête l’automne suivant.

La vie et le travail reprennent leur cours. Le cardinal Grégoire est docile, mais il est ferme aussi. Au début de 1990, il renouvelle sa demande à Rome. « Je ne me vois pas archevêque de Montréal à 80 ans. » La réponse, cette fois, se fera plus diligente. Le 17 mars 1990, le pape Jean-Paul II l’autorise à prendre sa retraite.

    L’homme, le pasteur, le cardinal-archevêque

1968-1990. Un épiscopat de vingt-deux ans rempli « bord à bord ». À quelles ressources puisait donc ce pasteur pour avoir traversé une période si bouleversante de l’histoire, dont on a dit qu’elle a connu la plus grande crise culturelle du monde occidental, à tout le moins ? Éclatement des groupes et des structures, brassages d’idées nouvelles, crises d’identité, rejet du passé, vide devant l’avenir, et chez nous particulièrement, ignorance religieuse, sécheresse spirituelle, matérialisme envahissant. À côté des merveilles incontestables de la science et de la technologie, une âme atrophiée. Quelqu’un d’ici observait : « Nous avons fait tous les voyages, mais le voyage intérieur n’a pas bougé. »

Le cardinal Grégoire, opposait à tous ces obstacles des qualités humaines et chrétiennes qui font les vivants authentiques : foi inébranlable capable de transporter des montagnes, confiance en Dieu et en l’homme à cause de Dieu, effacement devant le Seigneur et simplicité, volonté d’espérer et sérénité, amour de l’Église, sens de la communion, capacité de partager sa tâche, bienveillance, gratitude.

Il vaut de s’arrêter sur ce dernier mot, parce qu’il rend le son d’une âme et qu’il a inspiré les dernières paroles que le Cardinal a prononcées publiquement à la cathédrale, son épiscopat achevé, lors de la messe chrismale du 11 avril 1990.

Il résumait tous les mercis qu’il n’a cessé d’adresser à ceux et celles qui ont eu le bonheur d’œuvrer avec lui. Dans une image bien inspirée, il dit : « Quand un chef d’orchestre a fini de diriger une symphonie, il salue l’auditoire puis fait lever tous les musiciens qui, dans l’unité et l’harmonie, ont collaboré à l’exécution de l’œuvre. Souvent toute la salle se lève alors et applaudit. J’aurais le goût de faire lever tous les collaborateurs et collaboratrices qui m’ont accompagné dans l’accomplissement de ma tâche, pour que vos applaudissements leur transmettent les mercis que je leur dois. »

Le cardinal Paul Grégoire vécut une brève retraite de trois ans, visitée par la maladie. Il mourut à l’Hôpital Notre-Dame de Montréal, le 30 octobre 1994 à l’âge de 82 ans. Ses funérailles à la basilique cathédrale eurent lieu dans la simplicité et la grandeur à la fois, à l’image de l’homme et du prêtre volontairement discret, de l’archevêque éminent qu’il fut par la longueur de son épiscopat et la grande diversité de ses initiatives pastorales.

Le cardinal Jean-Claude Turcotte naît à Montréal le 26 juin 1936. Après des études classiques au Collège André-Grasset (1947-1955), il entre au Grand Séminaire de Montréal où il obtient une licence en théologie sacrée. 

Ordonné prêtre le 24 mai 1959 en l’église Saint-Vincent-de-Paul de Laval par Mgr Laurent Morin, évêque auxiliaire à Montréal, il est d’abord nommé vicaire à la paroisse Saint-Mathias-Apôtre (1959-1961), puis assistant aumônier diocésain de la Jeunesse ouvrière chrétienne (1961-1964).

Au retour d’une année d’études en pastorale sociale aux Facultés catholiques de Lille en France, il occupe le poste d’aumônier diocésain de la Jeunesse indépendante catholique féminine ainsi que du Mouvement des travailleurs chrétiens (1965-1967). De 1967 à 1974, il est chargé de diverses fonctions à l’Office du Clergé. En 1974, il devient directeur de l’Office de Pastorale paroissiale puis en 1977, procureur du diocèse. En 1981, l’archevêque de Montréal, Mgr Paul Grégoire lui confie le mandat de vicaire général du diocèse et de coordonnateur général de la pastorale.

Le 15 avril 1982, le pape Jean-Paul II le nomme évêque de Suas et auxiliaire de l’archevêque de Montréal. Il reçoit l’ordination épiscopale des mains de Mgr Paul Grégoire le 29 juin 1982. Lors de la visite du Saint Père en 1984, il est délégué des évêques du Québec auprès du Gouvernement provincial et il assure également la coordination de la visite dans le diocèse de Montréal. Le 17 mars 1990, le pape Jean-Paul II le nomme archevêque du diocèse de Montréal.

En août 1993, il se rend à Denver (Colorado) pour participer à la VIIIe Journée mondiale de la Jeunesse où on l’invite à offrir une catéchèse aux jeunes de langue française. En octobre 1994, il se rend à Rome afin de participer au Synode des évêques sur la vie consacrée. Le 30 octobre 1994, Sa Sainteté le pape Jean-Paul II annonce sa nomination au titre de cardinal de la Sainte Église Romaine. À Rome, le 26 novembre suivant, il est introduit au Collège des Cardinaux. Le 12 décembre 1994, le Saint-Père le nomme membre du Conseil pontifical des Communications sociales et membre de la Congrégation pour la Cause des saints.

Le 6 juin 1995, l’Université McGill de Montréal lui remet un doctorat honoris causa en Théologie. En octobre 1995, il est élu vice-président de la Conférence des évêques catholiques du Canada. De 1996 à 2006, il a été membre de la Préfecture des affaires économiques du Saint-Siège.

En août 1997, lors de la XIIe Journée Mondiale de la Jeunesse à Paris, le Cardinal est invité à donner une catéchèse aux jeunes francophones. Quelques mois plus tard, en octobre 1997, il est élu président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, fonction qu’il occupe jusqu’en 1999. La même année, il participe à l’Assemblée spéciale pour l’Amérique du Synode des évêques. À la demande du Saint-Père, il agit comme président de la Commission pour le message final. Il participe activement au déroulement des Journées Mondiales de la Jeunesse de Rome (2000), de Toronto (2002) et de Cologne (2005). Chaque fois, on l’invite à livrer deux catéchèses aux jeunes francophones.

En juin 2007, l’Université Concordia de Montréal lui décerne un doctorat honoris causa en Droit pour souligner son travail comme pasteur ainsi que son soutien aux œuvres religieuses, spirituelles et philanthropiques, En mai 2009, il est nommé membre de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples.

En juin 2011, ayant atteint l’âge de soixante-quinze ans, le cardinal Turcotte remet sa démission au Pape Benoît XVI. Celle-ci sera acceptée en mars 2012, avec la nomination d’un nouvel archevêque, Mgr Christian Lépine. Dès lors, il deviendra archevêque émérite du diocèse de Montréal.

L’année suivante, en 2013, le Cardinal Turcotte participera au Conclave qui mènera à l’élection du pape François.

Souffrant depuis plusieurs mois de graves complications liées au diabète, il fut confié à une unité de soins palliatifs le 24 mars 2015. C’est le 8 avril 2015 que le cardinal a rejoint son maître dont il a été au service depuis toutes ces années.

Très près des organismes communautaires de son diocèse, le Cardinal parraine plusieurs d’entre eux en plus de présider une collecte de sang qui a lieu chaque année le Vendredi saint.

La sainteté à Montréal

Sainte-Marguerite-Bourgeoys

Marguerite Bourgeoys est née à Troyes, en France, le 17 avril 1620. Elle est une jeune fille comme les autres, qui soigne son apparence et fréquente les divertissements, jusqu’au jour où, âgée de 20 ans, elle se sent touchée par Marie, au cours d’une procession le jour de la fête du Rosaire. Elle décide de se consacrer à Dieu. Elle entre dans la communauté externe des enseignantes cloîtrées de la congrégation de Notre-Dame de Troyes. Elle pouvait ainsi enseigner aux enfants pauvres des faubourgs de la ville. Elle y œuvra durant 13 ans, jusqu’à sa rencontre avec M. de Maisonneuve, gouverneur de Montréal en Nouvelle-France.

M. de Maisonneuve invite Marguerite à l’accompagner au Canada pour enseigner dans la nouvelle ville érigée sous le vocable de Ville-Marie. Arrivée en 1653, à l’âge de 33 ans, elle commence la construction de la chapelle de Notre-Dame de Bonsecours, inspirée par la Vierge Marie qui lui avait dit : « Va, je ne t’abandonnerai pas ».

L’éducation chrétienne des enfants débute seulement quatre ans plus tard. Entre-temps, elle se consacre à des œuvres sociales auprès des jeunes ménages et des Filles du Roy venues au Canada pour épouser des colons. Elle visite les malades, voit à l’ensevelissement des morts, console les affligés, et enseigne le catéchisme aux colons. On l’appelle la « Mère de la colonie ».

Lors d’un voyage en France, Marguerite ramène avec elle des institutrices et trois compagnes de sa communauté. Elle ouvre des petites écoles un peu partout sur les côtes de la Nouvelle-France. En 1658, avec ses compagnes, elle fonde la Congrégation de Notre-Dame de Montréal. La congrégation religieuse sera approuvée par l’Église en 1698. Marguerite Bourgeoys prononcera ses vœux à l’âge de 78 ans. Elle mourra à 80 ans, le 12 janvier 1700.

Marguerite Bourgeoys a été déclarée vénérable en 1878, puis béatifiée par Pie XII, le 12 novembre 1950, et finalement canonisée par Jean-Paul II, le 31 octobre 1982. La fête liturgique de sainte Marguerite Bourgeoys est fixée au 12 janvier.

Le charisme de la visitation

Marguerite Bourgeoys a été attirée par la vie de Marie, la mère de Jésus, particulièrement par deux événements qui sont rapportés dans les évangiles. Tout d’abord, la visite de Marie à sa cousine Élisabeth enceinte, puis, sa présence au milieu des apôtres au moment de la Pentecôte. Visiter, aller à la rencontre, être à l’écoute, accueillir les autres, tel est le charisme qu’a légué Marguerite Bourgeoys aux religieuses de la Congrégation de Notre-Dame. Marie est devenue un modèle d’engagement marqué par la visitation, la compassion et la solidarité avec les personnes appauvries, exclues ou opprimées.

Fête patronale de la Visitation

La congrégation de Notre-Dame a été la première communauté religieuse féminine implantée dans Ville-Marie, devenu en 1836 le diocèse de Montréal. C’est pourquoi la fête patronale du diocèse de Montréal est la Visitation, célébrée le 31 mai. Dans le projet diocésain d’éducation à la foi, « Proposer aujourd’hui Jésus Christ », il est d’ailleurs rappelé dès le début, que la première mission évangélisatrice du Nouveau Testament, celle de Marie, se fait rencontre, visitation.

Liens intéressants:

Congrégation de Notre-Dame 
Musée Marguerite-Bourgeoys / Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours 

Sainte-Marguerite-d'Youville

Marie-Marguerite Dufrost de la Jemmerais naît à Varennes, le 15 octobre 1701. Aînée d’une famille de six enfants, elle est orpheline de son père à l’âge de 7 ans. En 1719, après le remariage de sa mère, la famille déménage à Montréal. En 1722, elle épouse François d’Youville et cohabite avec sa belle-mère. Son époux tient un commerce de fourrure et d’eau-de-vie aux pratiques douteuses. À la mort de sa mère, il dilapide son héritage. Lorsqu’il décède, il laisse des dettes énormes et une mauvaise réputation à sa femme, alors âgée de 28 ans.

Marguerite ouvre un petit commerce non seulement pour pourvoir aux besoins de ses enfants, mais aussi pour aider les pauvres qu’elle croise sur son chemin. Inspirées par son œuvre, trois dames se joignent à elle. C’est ainsi que le 31 décembre 1737, elles se consacrent au service des pauvres en qui elles voient Jésus Christ. Ce moment décisif est considéré comme la fondation des Sœurs de la Charité de Montréal. 

Leur entreprise n’est pas aussitôt établie que le public les persécute, croyant qu’elles poursuivent le trafic d’eau-de-vie de François d’Youville, d’où le nom de Sœurs « Grises » – c’est-à-dire ivres – qu’on leur affuble pour les tourner en dérision. Au cours des années suivantes, les épreuves se succèdent : incendie, maladie, pauvreté extrême… 

Marguerite d’Youville s’installe avec ses compagnes à l’Hôpital général des Frères Charon. Elle devient l’administratrice de ce refuge pour « filles perdues », vieillards, malades et miséreux, hommes et femmes. Quand les autorités veulent supprimer cette œuvre pour l’unir à l’Hôpital général de Québec, le peuple reconnaît et défend l’œuvre de Mère d’Youville. L’Hôpital général reste à Montréal. 

Marguerite d’Youville meurt le 23 décembre 1771. Elle laisse le souvenir d’une femme exceptionnelle par son courage, son audace, sa foi, son amour de Jésus Christ et des pauvres. La cause de sa canonisation est introduite à Rome en 1890. Le 3 mai 1959, le pape Jean XXIII la déclare bienheureuse et lui donne le titre de Mère à la charité universelle. Le 9 décembre 1990, le pape Jean-Paul II procède à la canonisation de la première sainte née au Canada. 

Ses restes reposent à Varennes, lieu de sa naissance, dans la basilique Sainte-Anne, à côté du sanctuaire dédié à sainte Marguerite d’Youville.  

Sources : Capsules « Si Marguerite d’Youville nous était racontée », rédigées par Sœur Nicole Fournier, SGM; le site web :  www.sgm.qc.ca.    
 

Liens intéressants: 
 

Soeurs de la Charité de Montréal (Soeurs Grises)

Saint Frère André (Alfred Bessette)

Alfred Bessette est né le 9 août 1845, d’une famille de 13 enfants, à Saint-Grégoire d’Iberville, sur la rive sud de Montréal. Il devient orphelin à 12 ans. Alfred est pauvre et sans instruction, comme bien d’autres à l’époque. 

Il attire cependant l’attention par ses longues séances de prière et ses privations. Sa mère lui avait inculqué une dévotion à Saint-Joseph en qui il a une confiance sans borne. Il pratique très tôt divers métiers manuels. Mais sa petite taille, sa santé fragile et son manque de force physique nuisent à son rendement.

Vers 1868, Alfred cherche intérieurement sa voie. Il se confie au curé André Provençal de Saint-Césaire, dans le diocèse de Saint-Hyacinthe, qui tente de le faire entrer dans la Congrégation de Sainte-Croix. En 1870, il devient portier au collège Notre-Dame, à Montréal.

À cause de son état de santé et de son peu d’éducation, les autorités religieuses hésitent à l’accepter dans la congrégation. Mais le nouveau maître des novices interviendra en disant : « Si ce jeune homme devient incapable de travailler, il saura au moins bien prier ». 

Alfred Bessette fera sa profession perpétuelle à 28 ans, le 2 février 1874. Il prend le nom de frère André, en hommage au curé Provençal. On lui confie la fonction de portier qu’il assumera jusqu’en 1909. Mais il accomplira bien d’autres tâches telles le balayage, l’entretien des lampes, la visite aux malades, les commissions, comme « un homme à tout faire », dira-t-il modestement. 

Il arrive que des visiteurs confient leur maladie aux prières de frère André. D’autres l’invitent à leur maison. Il prie avec eux, leur remet une médaille de saint Joseph, leur suggère de se frictionner avec quelques gouttes de l’huile d’olive qui brûle devant la statue du saint, dans la chapelle du collège. Durant de longues heures, chaque jour, il écoute brièvement les malheurs de chacun qui le quitte avec foi et confiance. Curieusement, de nombreuses personnes se déclarent ensuite guéries ou soulagées. 

Le nombre de visiteurs malades va croissant et l’on craint la contagion. La direction demande au Frère André de traverser la rue et de se placer à l’arrêt du tramway (transport en commun) dans l’abri en face du collège. Il amène prier les visiteurs devant une statue de saint Joseph située dans une niche sur le mont Royal. 

Puis il projette de construire un oratoire en l’honneur de saint Joseph. Il en obtient l’autorisation, à condition de trouver les fonds. Le premier sanctuaire dédié à saint Joseph est inauguré le 16 octobre 1904. Il sera agrandi à quatre reprises à cause des milliers de pèlerins qui affluent d’année en année. 

La réputation de sainteté de frère André se répand à travers le monde. Il s’en défend avec humilité, s’en remettant à Dieu qui guérit, par l’intermédiaire de saint Joseph. Il meurt le 6 janvier 1937 à l’âge de 91 ans. Durant une semaine, près d’un million de gens braveront le mauvais temps pour défiler devant sa dépouille. Dès 1941, on multiplie les démarches pour qu’il soit reconnu comme un saint. Il sera finalement canonisé le 17 octobre 2010.   

Liens Intéressants:

Oratoire St-Joseph

Le 30 octobre 2010, le Premier ministre Stephen Harper a fait la déclaration suivante lors de la réception en honneur de la canonisation de saint frère André. La réception avait lieu dans la tour du Stade Olympique, après la messe. Plus tôt dans la journée, le Premier ministre s’était rendu à l’Oratoire Saint-Joseph pour une brève visite.   

Cardinal Turcotte, Archevêque de Montréal, Père Grou, recteur de l’Oratoire Saint-Joseph, Monsieur Duchesne, lieutenant-gouverneur du Québec, Monsieur le premier ministre Charest, Monsieur le maire Tremblay, Monsieur Circé, des Caisses Desjardins, Monsieur Savoie, des Chevaliers de Colomb, Mesdames et Messieurs,

Je tiens tout d’abord à vous remercier, Votre Éminence, de m’avoir invité à prendre part à cette grande célébration aujourd’hui. J’ai été vraiment impressionné par votre messe. Plus de cinquante mille personnes rassemblées en l’honneur de Saint Frère André de Montréal, y compris des milliers de jeunes présents… De quoi faire rougir de jalousie bien des groupes rock…

Saint Frère André Bessette serait sans doute un peu mal à l’aise de voir toute l’attention qu’on lui porte. Mais il la mérite amplement. Ce grand rassemblement eucharistique montre bien l’attachement des Canadiens, ici au Québec, et partout au pays, à cet homme – un homme à la Foi inébranlable, qui a consacré sa vie aux gens malades éprouvés et démunis.

Saint Frère André de Montréal est révéré non seulement dans tout notre pays, mais partout dans le monde. Des pèlerins parcourent des milliers de kilomètres pour visiter ce que beaucoup considèrent comme l’une de ses plus grandes réalisations : le magnifique Oratoire Saint-Joseph, où je me suis rendu ce matin.

La longue construction de l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal, l’un des sites les plus visités au Canada, symbolise la dévotion de Saint Frère André à Saint-Joseph, et témoigne de sa grande détermination. J’ai noté que lorsqu’il était jeune, il avait dû quitter les siens pour aller gagner sa vie en Nouvelle-Angleterre. Mais le destin a bien fait les choses. Après la naissance de la Confédération, en dix-huit cent soixante-sept, il a choisi de revenir chez lui, au Canada, au Québec, et ici à Montréal. Et c’est à ce moment qu’il a décidé de consacrer toute sa vie à Dieu. Ce retour dans sa province natale marque le début d’un long chapitre de sa vie, dorénavant à jamais inscrit dans l’histoire de l’Église catholique romaine.

Fort de sa foi simple selon laquelle la puissance de Dieu peut faire infiniment plus que ce que les hommes et les femmes demandent ou imaginent, le Saint Frère André est devenu une figure exemplaire.

Le Saint Frère André est devenu orphelin à l’âge de douze ans. Il avait une santé fragile. Savait à peine lire et écrire. Mais grâce à sa Foi en Dieu il a réussi à accomplir de grandes choses. Pour plusieurs, sa vie témoigne que par la Foi on peut transporter les montagnes. Pour d’autres, il est une source d’inspiration profonde. Et pour chacun d’entre nous, il est un grand homme, un grand Québécois, un grand Canadien.

Merci!

Nous publions l’homélie du cardinal Jean-Claude Turcotte prononcée lors de la célébration d’action de grâce pour Saint André Bessette. La messe avait lieu le 30 octobre 2010 au Stade olympique à Montréal où étaient rassemblées plus de 50 000 personnes. Des millions d’autres ont suivi l’événement à la télé et via internet.

Homélie de M. le cardinal Jean-Claude Turcotte

Lectures: 1 Pierre 4, 7b-11; Matthieu 11, 25-3

Chères amies, Chers amis,

Le frère André a vécu à une époque bien différente de la nôtre. Mort en 1937, il n’a rien connu ni rien prévu des profondes transformations survenues dans notre société et notre Église depuis les années 1960. À divers égards, sa façon de penser, sa manière de se comporter, ses propos, les expressions de sa foi chrétienne et de sa piété diffèrent des nôtres. Il est d’une autre époque, peut-on dire.

Il vient pourtant d’être reconnu officiellement comme un saint; et l’Église ne canonise jamais quelqu’un uniquement pour ce qu’il a été et a vécu autrefois, elle le canonise aussi pour ce qu’il a à dire et à montrer aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui. Qu’a donc à nous dire? Qu’a donc à nous montrer le frère André qui, en son temps, fut reconnu comme un grand thaumaturge et eut l’audace d’entreprendre la construction, sur le Mont-Royal, de ce qui est devenu le plus grand oratoire dédié à saint Joseph? Il a d’abord à nous dire et à nous montrer qu’une vie est belle et féconde quand elle est mise à l’écoute et au service des autres.

Le frère André a été un homme d’écoute et de compassion. Il a laissé tous les malheureux –  riches ou pauvres  –  s’approcher de lui. Très souvent, il est allé vers ceux qui ne pouvaient pas venir vers lui. Presque chaque jour, à son bureau, durant des heures et des heures, il tendait l’oreille. Il se rendait attentif aux personnes qui lui confiaient leurs malheurs, leurs souffrances, leurs maladies, leurs déboires, leurs échecs, leur mal de vivre… Après avoir écouté, il réconfortait. Il invitait au courage et à l’espérance. Il exhortait à avoir confiance en Dieu. Il priait beaucoup pour ceux et celles qui s’adressait à lui. Il priait Dieu. Il priait Marie. Avec ferveur, il priait saint Joseph. Souvent, il priait devant le Christ en croix.

Un de ses amis, monsieur Joseph Pichette a dit de lui: «Avant de partir pour visiter les malades, il nous amenait prier avec lui à la chapelle, et il priait assez longtemps. Durant les visites aux malades, il lui arrivait de nous demander de temps en temps de le conduire à l’église où il priait quelquefois pendant une heure et plus.»[1]

Nous venons d’entendre quelques lignes de la première épître de l’apôtre Pierre. «Avant tout, ayez entre vous une charité intense […] Ce que chacun de vous a reçu comme don de la grâce, mettez-le au service des autres.»[2].  Le frère André a vécu cela d’une manière éminente. Sa vie est une invitation à devenir à notre tour des êtres d’écoute, de compassion, de service, et de prière. Que d’hommes et de femmes, que de personnes âgées et de jeunes, que d’adolescentes et d’adolescents seraient plus heureux et auraient plus d’étincelles dans les yeux, s’ils rencontraient quelqu’un qui prendrait le temps de les écouter et de les aimer!  

Ce que le frère André a aussi à nous dire et à nous montrer, c’est qu’une vie mérite d’être vécue en compagnie de Dieu. Le frère André avait en Dieu une foi vive. Pas une foi intellectuelle. Pas une foi compliquée. Pas une foi apprise dans les livres. Une foi reçue sur les genoux de sa mère. Une foi éclairée par de longs temps de prière et de méditation. Une foi qui baignait dans l’amour.  S’il y a une chose dont le frère était assuré, c’était de l’amour de Dieu. Il se plaisait à dire: «Comme le bon Dieu est bon!  Comme  il s’occupe de nous!»[3]. Il aimait aussi à dire: «Le bon Dieu nous aime tant, infiniment, il veut qu’on l’aime.»[4]

Le frère André n’a jamais douté de l’amour que Dieu avait pour lui. Les souffrances qu’il a dû supporter – et elles furent nombreuses – ne lui ont jamais donné à penser que Dieu s’était éloigné ou désintéressé de lui. Le frère André a prononcé à ce sujet des mots tout simples, mais étonnants et lumineux.  Il a dit: «Ceux qui souffrent ont quelque chose à offrir au bon Dieu.»[5] Il a dit: «Ne demandez pas à vous faire enlever les épreuves, demandez plutôt à Dieu la grâce de les bien supporter.»[6] Il a dit: «Mettez-vous entre les mains du bon Dieu; il n’abandonne personne dans les adversités.»[7] Nous vivons à une époque où il est tentant de penser que l’on peut vivre en se passant de Dieu. Le frère André nous rappelle que ce qui donne goût à la vie et la rend féconde, c’est de la vivre avec Dieu, dans son intimité et dans son amour.  

Le frère André était convaincu que Dieu pouvait se servir de lui pour accomplir des choses admirables. Durant des dizaines d’années, les gens sont venus vers lui en reconnaissant en lui un puissant thaumaturge.  Ça ne lui a jamais enflé la tête. À ce sujet, il répétait souvent: «Le monde est-il bête de penser que le frère André fait des miracles. Le bon Dieu fait les miracles. Saint Joseph les obtient.»[8] Et, à la manière de saint Paul, il disait, en pensant à Dieu: «L’artiste, c’est avec les plus petits pinceaux qu’il fait les plus beaux tableaux.»[9]

Ce n’est pas un petit saint qui vient d’être canonisé,  mais un grand,  un très grand. Ce très grand saint – le frère André – est de chez nous.  Parmi nos parents et nos grands-parents, ou parmi les amis de nos parents et de nos grands-parents, plusieurs l’ont connu. Il a vécu tout près de nous sur le Mont-Royal et il a dit: «Quand je serai mort, je vais être rendu au Ciel, je vais être bien plus près du bon Dieu que je ne le suis actuellement, j’aurai beaucoup plus de pouvoir pour vous aider.»[10]

Frère André… saint frère André,  nous t’en prions, tiens ta promesse. Prie pour nous: prie pour que nous soyons des femmes et des hommes d’écoute et de compassion, des femmes et des hommes qui aiment Dieu d’un grand amour parce qu’ils se savent beaucoup aimés de lui, des femmes et des hommes qui, devenus «disciples» de Jésus, deviennent «doux et humble[s] de cœur» comme lui et trouvent en  lui «le repos».[11]

AMEN

  • [1] Cahiers de l’Oratoire Saint-Joseph. Le Frère André – Études et documents, Centre de recherche et de documentation, Montréal, Oratoire Saint-Joseph, juin 1998, p. 45.
  • [2] 1 Pierre 4, 8.10.
  • [3] Frère André disait souvent… Fides, 2010, p. 21.
  • [4] Idem, p. 22.
  • [5] Idem, p. 180.
  • [6] Idem, p. 61.
  • [7] Idem, p. 54.
  • [8] Idem, p. 121.
  • [9] Idem, p. 94.
  • [10] Idem, p. 49.
  • [11] Matthieu 11, 29.

MONTRÉAL – Un nouveau saint canadien fera partie de ceux et celles pour qui les catholiques rendront grâces à Dieu et qu’ils prieront en la fête de la Toussaint, cette année.
 
Saint Frère André, qui a fondé l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal, a été canonisé par le pape Benoît XVI à Rome, le 17 octobre dernier, et depuis lors, l’enthousiasme suscité par cette canonisation ne s’est pas démenti. Le 30 octobre dernier en sol canadien, au Stade Olympique de Montréal, le grand rassemblement pour le frère André a attiré près de 50 000 personnes venues de partout à travers le Canada et les États-Unis.
 
Le cardinal délivre l’homélie lors de la messe d’action de grâce pour la canonisation du saint frère André. (Photo : VU)Le Stade Olympique abrite habituellement les joutes de football et les foires commerciales de tous genres. En cette occasion, il a fait office de plus grand lieu de rassemblement liturgique au pays. À la fois empreinte de piété et de joie enthousiaste, la célébration de deux heures comportait une foule d’éléments en lien avec la vie et l’œuvre de l’humble frère de la communauté de Sainte-Croix.


Foule exubérante

Principalement en langue française, la célébration a débuté par le tintement de la cloche originale de la première chapelle construite par le frère André pour honorer saint Joseph.
 
Winston McQuade, ancien animateur à la télévision de Radio-Canada, tenait le rôle de maître de cérémonie et a présenté la populaire Québécoise Chantal Pary, qui a interprété la chanson Le Miracle de la Montagne qu’elle avait composée pour la béatification du frère André, en 1982. La foule a applaudi avec enthousiasme alors qu’elle l’entraînait dans le refrain bien connu.
 
Chantal Pary était accompagnée par le réputé violoniste Alexandre Da Costa et l’ensemble à vents du Collège Notre-Dame, l’établissement scolaire où le frère André a été portier pendant plus de vingt ans.

La cloche a à nouveau retenti pour indiquer le début de la célébration et l’assemblée s’est levée pour se joindre aux Petits Chanteurs du Mont-Royal, la chorale de jeunes de l’Oratoire, pour le chant d’entréeLa procession comprenait 58 évêques canadiens, plus de 100 prêtres et près de 200 jeunes. En fin de file se trouvait un nouveau et plus petit reliquaire du frère André – contenant des parcelles de son cœur – porté par des frères de la communauté de Sainte-Croix et accompagné par des membres de sa famille élargie. Les concélébrants ont vénéré les reliques avant qu’elles ne soient placées au pied de l’autel.
 
L’Archevêque de Montréal, Monsieur le Cardinal Jean-Claude Turcotte, était président d’assemblée. Parmi les concélébrants principaux mentionnons l’Archevêque Pedro Lopez Quintata, Nonce apostolique au Canada, et NN. SS. Martin Veillette et Pierre Morissette, présidents respectifs de l’Assemblée des Évêques Catholiques du Québec et de la Conférence des Évêques Catholiques du Canada. Quatre Pères de la communauté de Sainte-Croix concélébraient également : les Pères Richard Warner, supérieur général, Mario Lachapelle, vice-postulateur pour la cause du frère André, Claude Grou, recteur de l’Oratoire et Jean-Pierre Aumont, supérieur provincial de la communauté.


Un pays de saints

Lors de la procession d’entrée, l’assemblée a prié une litanie des saints et saintes, bienheureux et bienheureuses du Canada : Saintes Marguerite Bourgeoys et Marguerite D’Youville, les Saints-Martyrs canadiens, les Bienheureux et Bienheureuses François de Laval, Kateri Tekakwitha, Émilie Tavernier-Gamelin, Louis-Zéphirin Moreau, Catherine de St. Augustin, Marie-Anne Bondin, Marie de l’Incarnation, Frédéric Jansoone, Marie-Rose Durocher, Dina Bélanger et Marie-Léonie Paradis, également le fondateur de la communauté de Sainte-Croix, le Français Basile Moreau.
 
La litanie s’est terminée par le nom du plus récent saint canadien : Frère André. Lorsque celui-ci a été mentionné, l’assemblée en foule s’est mis à applaudir et à agiter des foulards blancs dans l’air. Les jeunes et les handicapés – les deux groupes chers au frère André et au centre de sa mission – étaient assis à proximité de l’autel.
 
Avant la prière d’ouverture, le Père Grou a officiellement salué les dignitaires et le Nonce apostolique a transmis le message du Saint-Père à la foule et a parlé des vertus du frère André. Une sœur de Sainte-Croix a proclamé la première lecture (Lettre de Pierre 4, 7-11) et le diacre Michel Desjardins qui est en charge des préparations au mariage à l’Oratoire, a proclamé l’Évangile (Mathieu 11, 25-30).


Un saint de « chez nous »

Le Cardinal Turcotte a prononcé l’homélie, à la fois simple et touchante. À huit reprises, la foule enthousiaste l’a interrompu d’un flot d’applaudissements et d’une volée de foulards, en accord et en appréciation des différents aspects de son homélie.
 
« L’Église ne canonise jamais quelqu’un uniquement pour ce qu’il a été et a vécu autrefois, elle le canonise aussi pour ce qu’il a à dire et à montrer aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui », a-t-il dit. « Il a d’abord à nous dire et à nous montrer qu’une vie est belle et féconde quand elle est mise à l’écoute et au service des autres ».
 
« Ce n’est pas un petit saint qui vient d’être canonisé,  mais un grand,  un très grand. Ce très grand saint – le frère André – est de chez nous » a-t-il ajouté sous une pluie d’applaudissements.
 
« Prie pour nous… » a-t-il imploré le frère André au nom de l’assemblée, à la fin de son homélie, « prie pour que nous soyons des femmes et des hommes d’écoute et de compassion, des femmes et des hommes qui aiment Dieu d’un grand amour parce qu’ils se savent  beaucoup aimés de lui ».
 
En plus du pain et du vin, la procession des offrandes comportait également une petite valise noire que le frère André emmenait avec lui lors de ses fréquents voyages; de larges cierges votifs, représentant toutes les chandelles allumées par les pèlerins de l’Oratoire et par ceux des autres sanctuaires à travers le monde; de l’huile de Saint-Joseph, dont le frère André se servait pour apporter aux malades et aux handicapés espoir, réconfort et même guérison; des fleurs, représentant les nombreux artistes qui ont apporté de la beauté à l’Oratoire; et, finalement, des béquilles, représentant tous ceux et celles qui ont été guéris à l’Oratoire, grâce à l’intercession de saint Joseph.
 
Après la distribution de la communion, l’assemblée a chanté une hymne à saint Joseph et le cardinal a donné une bénédiction apostolique au nom du pape. L’assemblée a chanté une hymne de sortie en l’honneur du Saint frère André alors que le reliquaire ouvrait la procession de sortie à la tête des concélébrants et des autres membres du clergé, hors de l’enceinte du Stade Olympique.
 
Parmi les dignitaires présents à la célébration se trouvaient le Premier Ministre du Canada, Stephen Harper, le Premier Ministre Québécois, Jean Charest et le Lieutenant Gouverneur du Québec, Pierre Duchesne. Le Premier Ministre Harper s’était arrêté à l’Oratoire en fin d’avant-midi, pour une visite à la tombe du frère André.


La paroisse natale du frère André accueille le reliquaire

Le reliquaire utilisé lors de la célébration a été par la suite transporté au diocèse de Saint-Hyacinthe, lieu de naissance du frère André. Il y restera pour les prochains mois, tout d’abord en la cathédrale et, par la suite, en l’église paroissiale de Mont Saint-Grégoire – lieu du baptême du frère André – pour la vénération des citoyens locaux.
 
En janvier prochain, le diocèse de Saint-Hyacinthe, en collaboration avec l’Oratoire, commencera à planifier une tournée du reliquaire.  Le reliquaire original, plus gros, contenant le cœur, demeure en l’Oratoire Saint-Joseph, à Montréal.
Dans le cadre des célébrations locales additionnelles, une messe spéciale était planifiée aujourd’hui – jour de la Toussaint – pour souligner l’accession du frère André à la confrérie des Saints et Saintes.

Laura Ieraci

MONTRÉAL (2010-10-17) – Place Saint-Pierre, des dizaines de milliers de pèlerins, dont une délégation de 1,500 québécois, ont assisté à la canonisation du frère André, humble portier de Montréal. À 4h00 du matin, près de 1,500 personnes s’entassaient dans la crypte de l’Oratoire Saint-Joseph pour la retransmission de la messe sur grand écran par Sel + Lumière, tandis que 500 autres fidèles étaient montés dans la basilique de l’Oratoire pour capter la bande sonore de l’événement.

Dans la crypte, la foule s’est levée d’un bond pour ovationner saint André Bessette, lorsque le pape Benoît XVI a proclamé sa canonisation. Quatre femmes ont aussi été proclamées saintes : Candida Maria de Jesus Cipitra, religieuse espagnole qui a fondé les Filles de Jésus, Mary MacKillop, première sainte australienne, fondatrice des Sœurs du Saint-Joseph-du-Sacré-Cœur, Battista Varani, moniale italienne de l’Ordre de Sainte-Claire et Giulia Salzano, italienne, fondatrice des religieuses du Sacré-Cœur-de-Jésus. Enfin, Stanislaw Soltis, prêtre polonais, a aussi été canonisé.

À Rome comme à Montréal, la foule était bigarrée : une diversité d’âges et de cultures se côtoyaient pour rendre hommage à des figures inspirantes, désormais vénérées dans l’Église universelle. Soulignons la participation de plusieurs équipes de jeunes au cours de l’animation chantée et priée de la vigile à l’Oratoire.

À l’issue de la messe, le pape s’est adressé spécialement aux pèlerins francophones, les encourageant à s’inspirer de saint André Bessette : « Puissiez-vous, vous aussi, déborder de charité envers vos frères et sœurs qui connaissent la détresse… et bon séjour à Rome! »

Le soir avant la canonisation du frère André, des milliers de pèlerins montréalais, à Rome et à Montréal, ont convergé vers les veillées de prière en l’honneur de saint André Bessette. La basilique Sant’Andrea della Valle (Rome) accueillait la délégation montréalaise, devant laquelle le père Claude Grou, CSC, recteur de l’Oratoire, a témoigné de la spiritualité du frère André. Alors que la veillée de Rome prenait fin, la vigile à l’Oratoire Saint-Joseph commençait. Depuis la messe de 19h30 jusqu’à pendant la diffusion de la canonisation, la crypte a été pleine à ras bords.

À l’Oratoire Saint-Joseph, les célébrations se poursuivent dimanche : petit déjeuner communautaire, messe solennelle dans la basilique, concerts d’orgue et de carillon, procession vers la chapelle d’origine pour l’installation de l’icône de saint André Bessette.

Dès son décès en 1937, la réputation de sainteté de frère André sʼest répandue à travers le Québec et ailleurs dans le monde.

À peine quatre ans plus tard, ses amis et les religieux de la congrégation de SainteCroix ont commencé les démarches pour la reconnaissance officielle de sa sainteté dans lʼÉglise universelle.

Le premier pas à franchir est la reconnaissance de lʼauthenticité des vertus du futur saint qui lui attribue le titre de vénérable. Ces vertus sont prioritairement la foi, lʼespérance et la charité, puis les vertus morales comme la justice, la prudence, la force. Le pape Paul VI a attribué ce titre honorifique à frère André, le 12 juin 1978.

La béatification

La béatification est la seconde étape en vue de la canonisation. Elle commence par une enquête diocésaine sur la vie, les paroles et lʼœuvre de frère André, dont tous les actes sont envoyés au SaintSiège à Rome. Lʼavocat de la cause est chargé de présenter et de démontrer la véracité des actes du futur saint au nom de lʼÉglise. De son côté, un autre avocat se fera « lʼavocat du diable » afin de vérifier lʼauthenticité du plaidoyer par souci de vérité.

La béatification requiert un miracle, cʼest-à-dire une preuve irréfutable que telle personne qui souffrait dʼune maladie physique incurable a été guérie par lʼintercession du futur saint et quʼelle ne peut être expliquée scientifiquement. Le miracle vient confirmer en Église que la sainteté du futur saint est authentique. La béatification est approuvée par le pape.

Au cours de la célébration liturgique de la béatification, le 23 mai 1982, le pape Jean-Paul II a accordé le titre de bienheureux au frère André et autorisé ainsi un culte public dans lʼÉglise diocésaine de Montréal

La canonisation

Pour que le frère André traverse lʼétape ultime de la canonisation, il suffit dʼun autre miracle attribué à lʼintercession du bienheureux. Le Saint-Père, après avoir consulté la Congrégation pour le culte des saints, prend sa décision finale en consistoire, avec le collège des cardinaux.

La célébration eucharistique de la canonisation aura lieu le 17 octobre prochain. Le pape Benoît XVI, en déclarant solennellement la sainteté de Frère André, soulignera de façon Le frère André sera le premier saint masculin né au Canada. définitive lʼaspect universel de sa sainteté de frère André. Un moment attendu depuis longtemps, car le sentiment populaire au Québec et dʼailleurs demeure unanime : le frère André est un saint.

Saint frère André sera le premier saint masculin né au Canada, à lʼinstar de sainte Marguerite dʼYouville, la première sainte née au Canada. LʼÉglise canadienne compte également sainte Marguerite Bourgeoys et les saints Martyrs canadiens. Actuellement, huit bienheureuses et trois bienheureux canadiens sont en attente de leur canonisation.

Rolande Parrot

Alfred Bessette était encore enfant quand sa mère lui inculqua une dévotion à saint Joseph.

Son père, menuisier de son métier, était mort dans un accident en bûchant dans la forêt. Seule avec ses treize enfants, sa mère Clothilde, est une grande croyante. Alors elle explique à Alfred, quʼen plus de son père qui est au ciel, il en a un autre qui sʼappelle Joseph, le père de Jésus. Lui aussi était menuisier.
Aussitôt, le jeune Alfred adopte saint Joseph pour père. Comme il exercera divers métiers manuels avant dʼentrer en communauté, il aura vite compris que saint Joseph serait pour lui un modèle, un protecteur et un ami pour toute sa vie. Dʼailleurs, il parle de saint Joseph partout où il passe.

Au Canada, la tradition de la dévotion à saint Joseph remonte au tout début de la colonisation. Nous devons cette dévotion au missionnaire Joseph Le Caron qui avait choisi saint Joseph pour lʼaccompagner dans lʼexercice de son ministère auprès des Hurons. Cʼest avec grande solennité que saint Joseph a été proclamé premier patron de la NouvelleFrance, le 19 mars 1624. Un culte populaire sʼest implanté et tous les garçons nouveau nés recevaient comme premier nom celui de Joseph. Beaucoup de chapelles sont dédiées à saint Joseph.

Alfred Bessette entre comme postulant dans la Congrégation de Sainte-Croix, le 22 novembre 1870. Curieuse coïncidence, le pape Pie IX déclare saint Joseph « patron de lʼÉglise universelle » quelques jours plus tard, le 8 décembre 1870. Encouragé par  cette « promotion », le frère André confiera tout à saint Joseph, les souffrances des pèlerins, les guérisons et même la construction dʼun oratoire du nom de Saint-Joseph du Mont-Royal.

Rolande Parrot

Aux visiteurs atteints dʼune maladie ou vivant dans la pauvreté qui le visitaient, le frère André avait lʼhabitude de distribuer deux choses : lʼhuile de saint Joseph et des médailles de saint Joseph.

Il disait que ni l’huile ni les médailles nʼavaient des pouvoirs de guérison magique , mais affirmait que ces objets aidaient les personnes à manifester leur foi et quʼainsi, cʼétait bien leur foi qui les guérissait.

Lʼhuile de saint Joseph

Lʼutilisation de l’huile remonte à une tradition très ancienne que lʼon retrouve dans la Bible. En Israël, l’huile est un symbole de lumière. Elle servait à alimenter le chandelier à sept branches (Ex 27,20).

Dans le Temple, le prêtre veille à l’huile du luminaire et à l’huile d’onction (Nb 4,16). Les prêtres sont eux-mêmes oints ainsi que l’autel lors de sa consécration (Lév 8,1.11). Lʼhuile servait non seulement à lʼonction des prêtres, mais aussi des prophètes et des rois.

Dans la liturgie, on se sert de lʼhuile pour plusieurs sacrements, tels le Baptême, la Confirmation, lʼOrdre et lʼOnction des malades.

Pour le frère André, lʼhuile qui brûle devant la statue de saint Joseph est comme un signe dʼappel envers le père de Jésus. Il recommandait aux malades qui venaient le voir de frotter avec de lʼhuile la partie de leur corps qui les faisaient souffrir et pour laquelle ils demandaient la guérison.

Bien sûr, leur disait-il, lʼhuile nʼa pas en elle-même un pouvoir de guérison. Cʼétait une façon de mettre leur foi en action, dʼexprimer ouvertement leur foi dans la puissance de Dieu.

LʼOratoire Saint-Joseph du Mont-Royal perpétue cette coutume ancienne de distribuer de lʼhuile de saint Joseph. On met lʼhuile dans un bassin devant la statue de saint Joseph pour y brûler avant dʼêtre embouteillée et offerte aux pèlerins.

Plusieurs pèlerins témoignent encore quʼaprès sʼêtre frotté avec de lʼhuile, et prié frère André et saint Joseph, ils ont obtenu la guérison.

Et la médaille de saint Joseph

Le frère André aimait distribuer des médailles de saint Joseph à ses visiteurs. Avec les enfants du collège Notre Dame, il avait « semé » des médailles sur le chemin de la montagne pour obtenir la permission de ses supérieurs de construire un oratoire à saint Joseph. Lui-même, il déposait des médailles aux endroits où il espérait obtenir des faveurs de son ami saint Joseph.

Il nʼaccordait pas de pouvoir magique de guérison à ce petit objet de métal, mais cʼétait plutôt un geste qui exprimait une très grande confiance de la part de la personne malade ou souffrante. Il était convaincu que lʼimage du saint devait nourrir la piété de celui ou celle qui la portait.

Rolande Parrot

Alfred Bessette est né le 9 août 1845, dʼune famille de 13 enfants, à Saint-Grégoire dʼIberville, sur la rive sud de Montréal. Il devient orphelin à 12 ans. Alfred est pauvre et sans instruction, comme bien dʼautres à lʼépoque.

Il attire cependant lʼattention par ses longues séances de prière et ses privations. Sa mère lui avait inculqué une dévotion à Saint Joseph en qui il a une confiance sans borne. Il pratique très tôt divers métiers manuels. Mais sa petite taille, sa santé fragile et son manque de force physique nuisent à son rendement.

Vers 1868, Alfred cherche intérieurement sa voie. Il se confie au curé André Provençal de Saint-Césaire, dans le diocèse de Saint-Hyacinthe, qui tente de le faire entrer dans la Congrégation de Sainte-Croix. Il devient portier au collège Notre-Dame , à Montréal en 1870. À cause de son état de santé et de son peu dʼéducation, les autorités religieuses hésitent à lʼaccepter dans la congrégation. Mais le nouveau maître des novices interviendra en disant : « Si ce jeune homme devient incapable de travailler, il saura au moins bien prier ».

Alfred Bessette fera sa profession perpétuelle à 28 ans, le 2 février 1874. Il prend le nom de frère André, en hommage au curé Provençal. On lui confie la fonction de portier quʼil assumera jusquʼen 1909. Mais il accomplira bien dʼautres tâches tel que le balayage, lʼentretien des lampes, la visite aux malades, les commissions, comme « un homme à tout faire », dira-t-il modestement.

Il arrive que des visiteurs confient leur maladie aux prières de frère André. Dʼautres lʼinvitent à leur maison. Il prie avec eux, leur remet une médaille de saint Joseph, leur suggère de se frictionner avec quelques gouttes de lʼhuile dʼolive qui brûle devant la statue du saint, dans la chapelle du collège. Durant de longues heures, chaque jour, il écoute brièvement les malheurs de chacun qui le quitte avec foi et confiance. Curieusement, de nombreuses personnes se déclarent ensuite guéries ou soulagées.

Le nombre de visiteurs malades va croissant et lʼon craint la contagion. La direction demande au Frère André de traverser la rue et de se placer à lʼarrêt du tramway (transport en commun) dans lʼabri en face du collège. Il amène prier les visiteurs devant une statue de saint Joseph située dans une niche sur le mont Royal.
Puis il projette de construire un oratoire en lʼhonneur de saint Joseph. Il en obtient lʼautorisation, à condition de trouver les fonds. Le premier sanctuaire dédié à saint Joseph fut inauguré le 16 octobre 1904. Il sera agrandi à quatre reprises à cause des milliers de pèlerins qui affluent dʼannée en année.

La réputation de sainteté de frère André se répand à travers le monde. Il sʼen défend avec humilité sʼen remettant à Dieu qui guérit, par lʼintermédiaire de saint Joseph. Il meurt le 6 janvier 1937 à lʼâge de 91 ans. Durant une semaine, près dʼun million de gens braveront le mauvais temps pour défiler devant sa dépouille. Dès 1941, on multiplie les démarches pour quʼil soit reconnu comme un saint. Il sera finalement canonisé le 17 octobre 2010.

Rolande Parrot

La famille de la personne miraculée voulait se tenir loin des médias afin de laisser toute la place au frère André, à qui l’on attribue l’intercession pour la guérison miraculeuse. Mais la direction de l’Oratoire Saint-Joseph nous raconte les détails les plus pertinents de cette guérison, jugée miraculeuse.

Bien des personnes voulaient connaître le miracle qui a été approuvé par le Vatican, donnant ainsi le feu vert à la canonisation de frère André. La famille de la personne miraculée voulait se tenir loin des médias afin de laisser toute la place au frère André à qui lʼon attribue l’intercession pour la guérison miraculeuse. La direction de lʼOratoire Saint-Joseph a décidé dʼen publier le récit dans la revue LʼOratoire. Il sʼagit dʼun Canadien, victime dʼun accident grave sur la route à la fin des années 1990. Il était alors âgé de 9 ans.

Un accident terrible, une guérison miraculeuse

« Un enfant roulant à bicyclette est heurté par une automobile. Le diagnostic des médecins indique un traumatisme crânien sévère. Les jours passent et le garçon est toujours dans le coma. Les médecins informent alors les parents que la situation devient critique. Le décès de lʼenfant est imminent. Pendant quʼà lʼhôpital, on retire les tubes qui maintiennent la respiration du jeune homme; des amis de la famille sʼarrêtent à lʼOratoire Saint-Joseph du Mont-Royal. Dans leur prière, ils demandent au bienheureux frère André la guérison complète du garçon. Ils rapportent à la famille de lʼhuile de Saint-Joseph, une médaille ainsi quʼune image de prière au frère André. Inspirés par cette démarche de foi, les parents prient le bienheureux frère André de permettre à leur enfant de recouvrer la santé.

À la surprise générale, une amélioration inattendue se produit. Malgré le retrait de lʼappareil respiratoire effectué quelques jours plus tôt, le jeune peut à nouveau respirer de lui-même. Les signes dʼamélioration se multiplient et le garçon sort du coma au bout de trois semaines. À partir de ce moment, sa condition ne cesse de progresser. Dans les semaines qui suivent, le garçon se remet rapidement de son grave accident. Ses parents accueillent cette guérison comme une grande faveur obtenue grâce à lʼintercession du frère André. Le jeune homme, aujourdʼhui dans la vingtaine, se porte bien et mène une vie active.

Cette guérison qui avait dʼabord fait lʼobjet dʼune enquête diocésaine en février 2005, a été déclarée scientifiquement inexplicable quatre ans plus tard. La commission médicale mandatée par la Congrégation pour la cause de saints a rendu un verdict favorable et unanime le 26 février 2009. Le 19 décembre, le pape Benoît XVI a demandé que soit émis un décret sur ce miracle. Et cʼest ainsi que sʼouvrait grande la porte pour introduire lʼancien portier du collège Notre-Dame au rang de saint. »

Au moment du décès de frère André, en 1937, plusieurs milliers de personnes ont assisté à ses funérailles. Cʼétait déjà un indice sûr de sa grande popularité. Depuis, elle ne sʼest jamais démentie, bien au contraire.

LʼOratoire Saint-Joseph du Mont-Royal reçoit annuellement entre un million et demi à deux millions de pèlerins. En 2010, année de la canonisation de frère André, on constate une augmentation de 10 à 15 % des visiteurs et pèlerins. Cette affluence constitue un véritable phénomène de société.

Les pèlerins viennent dʼici et dʼailleurs. Ils proviennent de Montréal, du Québec, du Canada, des États-Unis et dʼautres pays. Ils sont de diverses nationalités et pratiquent différentes religions. Toutes les générations y sont représentées : personnes aînées, adultes, parents avec enfants, jeunes… Ces pèlerins et visiteurs vivent chacun à leur manière une démarche de foi. Parfois sans le savoir, car bien des gens sont en quête dʼun sens à leur vie.

Ils viennent confier au frère André leurs besoins, leurs maladies, leurs peines et leurs souffrances. Ils prient le frère André et saint Joseph pour obtenir de Dieu la faveur demandée. Comme du temps de frère André, on peut se procurer encore aujourdʼhui des médailles et de lʼhuile de Saint-Joseph. Il est difficile de mettre un chiffre sur les guérisons obtenues, mais le personnel de lʼOratoire reçoit fréquemment des témoignages à ce sujet.

LʼOratoire Saint-Joseph est également un lieu par excellence pour rendre grâces au Seigneur pour des faveurs obtenues par lʼintermédiaire de frère André. Peu importe leur situation, quʼils soient guéris ou non, les pèlerins quittent lʼOratoire apaisés et stimulés dans leur foi. En reconnaissant quʼils ont vécu une expérience inoubliable.

Rolande Parrot

Toutes les personnes qui ont rencontré le frère André sʼaccordent pour dire que son visage exprimait la paix, la compassion et lʼespérance. Quelle spiritualité nourrissait donc ainsi le portier du collège Notre-Dame?

Un grand priant

Le frère André priait. Il priait sans cesse intérieurement quand il écoutait les demandes des malades, comme lorsquʼil accomplissait divers travaux manuels.

Quand ses supérieurs ont hésité à lʼaccepter dans la congrégation de Sainte-Croix à cause de sa santé fragile, le maître des novices a affirmé : « Si ce jeune homme devient incapable de travailler, il saura du moins très
bien prier. »

Lorsquʼon lui demandait pourquoi il priait la nuit, il répondait quʼil fallait plusieurs heures pour recommander à Dieu toutes les souffrances entendues au cours de la journée. En plus de sa dévotion spéciale à saint Joseph, il avait aussi une dévotion indissociable à Jésus, Marie et Joseph, quʼil recommandait aux pèlerins. Tous les jours, il récitait le chapelet.

Un religieux à l’écoute

Dès son jeune âge, le frère André sʼest mis à lʼécoute des gens. Comme portier, il en avait la fonction au collège Notre-Dame, puis à lʼOratoire Saint-Joseph. Il écoutait les centaines de personnes qui défilaient devant son bureau ou son « bourreau » de travail, comme il le nommait parfois. De 5 à 15 minutes suffisaient pour les apaiser ou les guérir.

Il exhortait les malheureux à la résignation chrétienne. Le frère André avait une affection particulière envers le chemin de croix. Il plongeait dans le cœur du Christ les souffrances des malades, des malheureux et les siennes. Quand il apprit quʼil y aurait un chemin de croix à lʼOratoire avec des personnages plus grand que nature, il était dans la joie.

Un homme de coeur

Le frère André était humble, un homme de service. Il accomplissait tout dans la joie et lʼamour. Ce sont là des qualités et des vertus qui font lʼétoffe dʼun saint. Sa peine était de rencontrer des personnes qui ne priaient pas avec foi.

« Si vous nʼavez pas la foi, leur disait-il, vous nʼobtiendrez rien ».

Pour lui, la foi partait du cœur. Elle est imprégnée dʼamour, de confiance, dʼespérance. La foi est le moteur de la prière. Le frère André se donnait totalement au service des personnes souffrantes, avec son cœur et sa foi. Lui-même faisait face aux difficultés avec foi et amour.

Rolande Parrot

Le diacre Brian Cordeiro et sa femme, Effie, attribuent les naissances des leur trois fils à l’intercession du frère André. Toute la famille ira à Rome pour la canonisation du frère André pour rendre grâce. Effie recevra l’Eucharistie du Pape Benoît XVI pendant la messe de canonisation.

Le frère André a joué un rôle dans ma propre vie, en tant qu’immigrant arrivé au Canada en 1989. Je viens de la colonie portugaise de Goa, six cents kilomètres au sud de Bombay (Mumbai), en Inde. Ma femme Effie et moi nous nous sommes mariés à Bombay en 1981.

En 1982, nous sommes allés travailler à Bahreïn et plus tard, en 1985, nous sommes déménagés à Abu Dhabi, dans les Émirats arabesunis. Nous avons donc passé sept années au Moyen Orient.

Comme plusieurs couples catholiques nous voulions avoir des enfants tout de suite. Mais le Seigneur avait d’autres plans. Les années difficiles se succédaient. Les mois devinrent des années et nos coeurs se brisaient. Il convient de mentionner ici qu’avoir des enfants est très important dans notre culture et que de ne pas en avoir est perçu comme une honte, presque comme une punition de Dieu… La famille et les amis nous rappelaient souvent que d’autres, qui s’étaient mariés après nous, avaient déjà des enfants. En tant que chrétiens croyants, nous demandions à Dieu : « Mon Dieu, pourquoi ne nous donnez-vous pas d’enfant, quand vous savez que nous en voulons un? »

Cinq ans après notre mariage, un médecin a prescrit à ma femme un médicament pour favoriser la fertilité. Ce fut un désastre. Il a causé des hémorragies internes massives, a provoqué l’endométriose et des caillots de sang dans le système reproducteur. Ma femme a souffert des douleurs intolérables pendant deux ans et a subi deux opérations majeures. La seconde opération, en 1988, a été l’ablation d’un ovaire et d’une trompe de Fallope et l’autre ovaire a été massivement endommagé. Nous n’avions plus d’espoir d’avoir un enfant. C’est alors que nous avons décidé d’abandonner nos emplois lucratifs à Abu Dhabi et d’immigrer au Canada. Diacre montréalais Brian Cordeiro et sa femme, Effie, entourés par leur trois fils: (de gauche à droite) Pierre Bosco, Jean Vianney et André Joseph.

Nous avions l’habitude, depuis notre mariage en 1981, de prier pour demander un enfant chaque fois que nous visitions une église pour la première fois. Nous l’avons fait pendant les huit années précédentes dans les grandes églises de Rome, Paris, Cologne et Londres, pour ne nommer que quelques villes. Nous avons été reçus comme immigrants au Canada et sommes arrivés à Montréal en juillet 1989, cherchant à échapper a la honte qui nous attendait si nous retournions en Inde sans enfant. Mon collègue musulman, à Abus Dhabi m’avait donné l’adresse d’un appartement meublé dans le quartier de la Côte-des-Neiges où nous pouvions rester durant notre court séjour d’exploration à Montréal, en attendant d’y déménager en permanence six mois plus tard.

Cet appartement était situé à deux coins de rue de l’Oratoire Saint-Joseph. Nous sommes allés à l’Oratoire et, en voyant les béquilles de ceux qui avaient été guéris, nus avons prié avec ferveur le frère André (dont nous n’avions pas entendu parler auparavant) qu’il intercède pour que nous puissions avoir un enfant. Mon fils a été conçu le même jour et il a été baptisé André-Joseph en l’honneur du frère André et de saint Joseph. Par la suite, nous avons eu trois autres fils, nés en 1990, 1991 et 1992; cela, après que ma femme eut souffert d’endométriose et perdu tout espoir de concevoir. Je sais que, dans notre cas, c’est directement grâce à l’intercession de frère André si notre rêve impossible d’avoir des enfants est devenu réalité.

Brian Cordeiro, diacre permanent.

Quand le frère André rencontrait les gens, cela durait quelques minutes à peine. Tous n’étaient pas guéris, mais tous repartaient consolés par ses paroles.

Voici quelques témoignages et paroles recueillis par des amis et des confrères religieux.

Elles sont tirées du livre Frère André disait souvent… Recueil de paroles de frère André rapportées par ses amis, paru chez Fides, en juin 2010


L’amour de Dieu
 

Comme le bon Dieu est bon! Comme il s’occupe de nous! » – Frère Philippe Laurette

Ou il parlait du bon Dieu aux autres, ou il parlait des autres au bon Dieu. Toute la journée. » – Arthur Marcil


La confiance
 

Les gens s’inquiètent pour rien, disait-il, quand ils auront besoin, le secours leur viendra, en temps et lieu, de la part du bon Dieu. » – Azarias Claude

Mettez-vous entre les mains du bon Dieu; il n’abandonne personne dans les adversités. » – Frère Philippe Laurette


La foi
 

Si vous ne croyez pas en Dieu, vous n’obtiendrez rien. » – Marie-Anne Tétreault

Le frère André avait une foi inébranlable, une foi telle que je n’en ai jamais vue… Il ramenait tout au bon Dieu… Il expliquait que si des personnes n’étaient pas guéries, c’est qu’elles n’avaient pas assez de foi. » – Joseph Pichette


L’Esprit Saint
 

Ce que l’Esprit Saint a fait pour les Apôtres, il peut le faire aussi pour nous. » – Père Henri-Paul Bergeron

Aux gens qui lui demandaient de les conseiller sur le choix d’un état de vie ou sur la conduite à tenir dans certaines circonstances, le frère André répondait de prier le SaintEsprit. » – Joseph Pichette


L’Eucharistie
 

Vous mangez trois fois par jour pour soutenir votre corps; alors, allez communier surtout pour soutenir votre âme. » – Paul Corbeil

La communion est le temps le plus précieux pour obtenir des grâces de Notre Seigneur et lui demander des faveurs ».
– Sœur Marie-Anne Leblanc


Saint Joseph
 

Si les gens savaient mieux prier, ils obtiendraient tout de saint Joseph. » – Abbé Stéphane Grenier

Saint Joseph est très puissant sur le cœur de Dieu et de sa sainte Mère, la Vierge Marie. » – Frank Comeau

Priez saint Joseph et il sera toujours votre père et votre Guide. » – Attaria Lafleur


La maladie et mort
 

La maladie est une bonne chose, parce que cela aide à reconsidérer sa vie passée et à réparer par le repentir et par la souffrance. » – Mgr Albert Cousineau

Il faut toujours être prêt à mourir. Nous pensons en dernier lieu à la chose la plus importante qui doive nous arriver. La mort est partout autour de nous. Elle peut survenir à n’importe quel moment… Pour le chrétien, la mort est l’amie qui l’introduit à son Dieu. » – Chanoine Étienne Catta


La prière
 

Il faut toujours avoir à l’esprit la pensée de Dieu. » – Chanoine Étienne Catta

C’est pas long une heure pour parler au bon Dieu. On a tant de choses à lui demander qu’on n’en finirait jamais! » – Azarias Claude

Des milliers de personnes vont converger sur Rome pour la canonisation du frère André, le 17 octobre prochain.

Plusieurs entre eux ont été guérit ou ont eu des membres de leurs familles guérit grâce à l’intercession du nouveau saint.

Voici quatre témoignages de ce genre, compilé par Rolande Parrot

Des bienfaits de frère André

Mes parents portugais m’ont transmis la valeur de la prière à Saint-Joseph. Au Portugal, le19 mars est non seulement la fête de Saint-Joseph, mais aussi la fête des pères. Installée à Montréal, la famille a connu le Frère André et l’Oratoire Saint-Joseph. Lorsque j’ai eu un problème de santé, je me suis recueillie sur le tombeau du frère André et fait le chemin de la croix. J’en suis revenue apaisée. Quelques mois plus tard, j’étais guérie. De même, mon père a failli paralyser. Nous sommes allés prier Saint-Joseph, par l’intermédiaire de frère André. Il a promis de faire un don à l’Oratoire s’il pouvait continuer de marcher. Mon père et moi-même sommes devenus des Grands associés de l’Oratoire. J’irai à Rome pour la canonisation afin de remercier le frère André pour ses bienfaits au nom de ma famille. — Lucie Medeiros

Des guérisons dans ma famille

Dans ma famille, le frère André a fait deux guérisons. En 1936, une de mes sœurs qui avait 16 ans ne pouvait marcher et le médecin ne trouvait pas la cause. Mon oncle qui travaillait pour l’Oratoire Saint-Joseph a amené la jeune fille au frère André. Il lui dit de commencer une prière, puis de décroiser les jambes… En sortant, elle était guérie. À Saint-Hyacinthe, une tante, mère de 9 enfants, voyait son mari très malade et craignait pour sa vie. Il était passé minuit quand elle appela le frère André… le lendemain son mari était guéri. C’est la foi qui fait en sorte qu’on obtient des guérisons. Aussi, je vais très souvent à l’Oratoire prier pour les membres de ma famille. J’irai à Rome remercier le frère André lors de sa canonisation pour tout le bien qu’il a fait et qu’il fait encore de nos jours. — Noëlla-Marie Bolduc

Un homme de prière

Je travaille à l’Oratoire Saint-Joseph en accueillant des touristes pèlerins au Pavillon Jean XXIII. Je n’ai pas bénéficié personnellement des faveurs de frère André ni été témoin de guérisons. Mais ce qui me frappe, c’est que Dieu a passé par ce frère pour réaliser des prodiges par son intercession et celle de saint Joseph. Pour moi, le frère André a consacré sa vie à la prière; c’est pourquoi il était proche de Dieu. Je vais assister à sa canonisation à Rome pour rendre grâces à Dieu. — Marcel André

Un parent de frère André

Je fais partie de la généalogie de frère André et mon épouse également, mais d’une autre lignée. Mes parents sont allés à ses funérailles. Ma mère a eu la chance de le voir un jour. Elle était atteinte de tuberculose, alitée dans un sanatorium, et il n’y avait pas d’espoir de guérison. Quelque temps après avoir vu le frère André, elle a été guérie. Elle est décédée à l’âge de 94 ans. Je trouve que je suis endetté envers le frère André. Mon épouse, ma fille infirmière et moi-même, nous allons à Rome pour la canonisation de frère André pour le remercier de tous ses bienfaits par l’intermédiaire de saint Joseph. — Jean-Bruno Bessette Normandin

La sainteté n’est pas un mot à la mode. Elle rappelle une image ancienne des saintes et des saints qui consacraient leur vie à des prières et des privations pour obéir à la volonté de Dieu. Leur image de Dieu était celle d’un Dieu sévère, distant et autoritaire. Ce n’est pas ainsi que le frère André voyait Dieu.

Pour frère André Dieu est un ami proche. Il est proche des souffrants, des pauvres des personnes démunies. Dieu est plein de compassion et d’amour et veut notre bonheur. C’est pourquoi frère André a-t-il développé une grande confiance en saint Joseph pour qu’il intercède auprès de Dieu pour la guérison des malades.

Chaque personne a une vocation particulière. Il importe de la reconnaître. Frère André n’était pas instruit, mais il pouvait faire bien de travaux manuels. Il les accomplissait sans se plaindre, avec vigueur et joie. Sa vocation a été celle de faire connaître la bonté, l’amour et la miséricorde de Dieu à travers la foi des gens. Il servait d’intermédiaire auprès de saint Joseph pour obtenir des guérisons.

Être un saint, c’est tout simplement vivre l’engagement de notre baptême comme fille ou fils de Dieu. Vivre dans la foi et l’espérance, c’est-à-dire croire malgré les doutes et les obstacles que la vie met sur notre route. Aimer profondément par la prière, le service de nos proches, l’amour qui va jusqu’au pardon. Aimer, nous dit l’Évangile, de tout notre cœur, de toute notre âme, de toutes nos forces et de tout notre esprit.

Les saints reconnus par l’Église universelle nous sont présentés comme des témoins de la foi et des modèles qui peuvent nous servir d’inspiration pour notre vie chrétienne.

Rolande Parrot

Une statue grandeur nature à l’effigie du nouveau saint canadien honore la Basilique Cathédrale Marie-Reine-du-Monde. Le 10 novembre dernier, M. le cardinal Jean-Claude Turcotte était sur place à l’occasion d’une messe pour recevoir la statue, cadeau de la Congrégation de Sainte-Croix.

MONTRÉAL – Une statue grandeur nature à l’effigie du nouveau saint canadien honore la Basilique Cathédrale Marie-Reinedu- Monde. Le 10 novembre dernier, M. le cardinal Jean-Claude Turcotte était sur place à l’occasion d’une messe pour recevoir la statue, cadeau de la Congrégation de Sainte-Croix.

Cette messe fait partie des nombreux événements entourant la canonisation du saint frère André le 17 octobre dernier.

La statue de plâtre a été dévoilée juste avant l’homélie du cardinal. L’archevêque, le curé de la cathédrale, Mgr Robert Sansoucy, ainsi que deux pères de Sainte-Croix, Jean-Pierre Aumont et Claude Grou, ont entouré la statue pour son dévoilement.

Le suspense était palpable et les fous rires ont éclatés dans l’assemblée lorsqu’un accroc inattendu a empêché le voile de soie rouge de glisser de la statue du premier coup.

Une fois la statue dévoilée l’assemblée a répondu par des applaudissements avant d’entonner une hymne au frère André.

Prière et rencontre avec Dieu

Dans son homélie, le cardinal a présenté le nouveau saint comme un modèle pour toute personne de bonne volonté. Il a précisé que le frère André a toujours été en communion avec Dieu dans son humble et constante prière : la messe quotidienne, le chapelet, le Chemin de Croix, l’adoration eucharistique et la louange spontanée.

« C’est dans la prière que le frère André a su accueillir ce que Dieu cache aux « sages et aux savants » mais révèle « aux tout-petits »», a-t-il dit à l’assemblée composée de 350 laïcs et 60 membres du clergé.

Beaucoup de gens font de bonnes actions sans rencontrer Dieu, mais le frère André a su comment le rencontrer, a déclaré le cardinal. Il a exercé sa patience par l’écoute quotidienne de centaines de personnes malades et malheureuses, les encourageant à mettre leur confiance en Dieu.

Une place près de saint Joseph

La statue est demeurée une semaine dans le sanctuaire, à droite du baldaquin de style du Bernin, avant d’être déplacée vers un lieu permanent. Elle est désormais installée à côté de la petite chapelle de saint Joseph, située à l’arrière du maître-autel le long du transept droit de la cathédrale. La nouvelle statue remplace le buste du frère André qui était là depuis sa béatification en 1982.

La statue a été donnée à l’archidiocèse de Montréal afin de commémorer la canonisation, de même que le 160e anniversaire de présence de la Congrégation de Sainte-Croix à Montréal, a précisé le Père Aumont, provincial de la province canadienne de la communauté.

La participation de la Congrégation de Sainte-Croix à la messe a été substantielle. Le Père Jean-Guy Vincent, c.s.c, responsable de la liturgie à l’Oratoire Saint-Joseph, a animé l’assemblée dans sa participation aux prières et aux chants depuis son lutrin; les Petits
Chanteurs du Mont-Royal ont harmonisé de leurs plus belles voix; les frères et sœurs de Sainte-Croix ont, pour leur part, assuré les lectures.

Après la messe, quelques dizaines de personnes se sont avancées pour prendre la statue en photo et se recueillir dans un instant de prière.

Après la célébration, des rafraîchissements ont été servis dans la salle paroissiale.

Laura Ieraci

Bienheureuse Émilie Gamelin

Émilie Tavernier est née le 19 février 1800, à Montréal. Devenue orpheline de père et mère à 4 ans, elle fut adoptée par sa tante madame Perreault et son oncle. Elle vécut toute son enfance et son adolescence sur la rue Saint-Vincent à Montréal.

À 23 ans, Émilie épouse Jean-Baptiste Gamelin, bourgeois et rentier âgé de 50 ans. Ses deux enfants meurent en bas âge et elle perd son époux en 1827. Son troisième enfant posthume succombe l’année suivante. Lui survivent un handicapé mental et sa mère que le couple avait hébergés. Plongée dans le deuil, elle trouve la consolation dans les œuvres de charité. 

La jeune veuve vend une partie de ses immeubles pour subvenir aux besoins des pauvres en aumône et en œuvres de charité. Elle ouvre un premier refuge sur la rue Saint-Laurent, où elle accueille une quinzaine de sexagénaires. En 1831, elle en établit un second sur la rue Saint-Philippe. Puis, elle crée une Société de neuf dames patronnesses, connue par la suite sous le nom de Dames de Charité. 

Le choléra des années 1832 à 1834 leur amène de nombreuses infirmes. L’œuvre s’élargit lors de l’insurrection de 1837. Émilie s’empresse de visiter les nombreux détenus politiques pour les consoler. Le 18 septembre 1841, la législature accordait à l’Institut l’incorporation civile sous le titre « Corporation de l’Asile des femmes âgées et infirmes de Montréal ». 

Au cœur de leur engagement, sept jeunes filles demandent à se consacrer au service des pauvres et des infirmes. La prise d’habit eut lieu le 25 mars 1843. Une novice ayant quitté quatre mois plus tard, Émilie prend sa place. L’évêque, Mgr Bourget, lui demande, avant de l’admettre, de visiter les couvents de Saint-Vincent-de-Paul aux États-Unis pour y recueillir les constitutions et voir comment vit cette communauté. 

Elle fit ensuite sa profession le 29 mars 1844. On y fit lecture du document qui érigeait canoniquement l’Institution des Sœurs de Charité de la Providence. Le lendemain, Sœur Gamelin fut élue supérieure. 

L’œuvre de charité de la jeune communauté prend rapidement de l’ampleur; un peu partout à Montréal, tant les besoins sont criants. Mère Gamelin ouvre des hospices, des maisons pour les malades mentaux, les sourdes-muettes, les orphelins, les prêtres âgés, les infirmes, et même des écoles. Les sœurs visitent aussi à domicile des pauvres et des malades, sans oublier les prisonniers. 

De plus, l’immigration irlandaise (1847-1848) amène à Montréal environ 6 000 personnes dont un grand nombre périrent du typhus. En 1849, le choléra sévit dans la ville, et avec l’approbation du maire, M. Raymond Fabre, la supérieure ouvre l’hôpital Saint-Camille durant quelques mois. 

Mère Gamelin meurt à l’Asile de la Providence, victime du choléra, à 51 ans, le 23 septembre 1851. 

Depuis mai 2000, une statue d’elle se trouve à la station de métro Berri-UQAM, située sur la place qui porte son nom, en hommage à sa grande œuvre de charité à Montréal. 

Émilie Gamelin a été béatifiée le 7 octobre 2001.

Soeurs de la Providence / Musée Providence

Bienheureuse Marie-Anne Blondin

Née à Terrebonne, au Québec, en 1809, de parents cultivateurs illettrés, Esther Blondin est la troisième d’une famille de douze enfants. Encore analphabète à 20 ans, elle rêve d’enseigner un jour. En attendant, elle offre ses services aux sœurs de la Congrégation Notre-Dame et apprend à lire et à écrire dans ses temps libres. Elle développe une conscience accrue de l’exclusion de presque tous les gens de son pays qui, comme elle, n’ont pas encore accès à l’instruction.

Un essai dans la vie religieuse avorte à cause de sa santé fragile. Néanmoins, elle accepte d’enseigner à l’Académie de Vaudreuil et continue de voir l’ampleur de l’ignorance des gens plongés dans l’exclusion sociale.

Pour Esther, il faut prendre en charge l’instruction collectivement. Elle s’adjoint rapidement des femmes enseignantes qui l’amèneront à fonder, en 1850, une communauté consacrée à l’enseignement. La communauté s’appelle les Sœurs de Sainte-Anne. Comme religieuse et supérieure de sa communauté, elle prend le nom de Mère Marie-Anne.

Mère Marie-Anne conçoit un projet innovateur : fonder des écoles mixtes pour remédier à la situation pitoyable des écoles rurales de l’époque. Mais la résistance vient de l’Église. Elle apprend que « la communauté ne pourrait enseigner aux enfants des deux sexes que jusqu’à l’âge de 10 ans ».

Elle écrit à Mgr Ignace Bourget, évêque de Montréal, pour lui dire « qu’elle regarde le but qu’elle s’est proposé comme manqué parce que ce sont les pauvres qui ont fait appel à son zèle et à sa charité ».

Cependant, malgré l’interdit, les Sœurs de Sainte-Anne ont toujours enseigné à des classes mixtes à tous les niveaux d’éducation.

Puis, Mère Marie-Anne rencontre de grands problèmes. Dès l’année suivante, à la suite de difficultés avec un jeune prêtre devenu aumônier du couvent, Mère Marie-Anne se rend à la demande de Mgr Bourget et accepte de démissionner comme supérieure. Elle devient alors directrice au pensionnat de Sainte-Geneviève. Mais quatre ans plus tard, elle est destituée une seconde fois.

Mère Marie-Anne, selon son expression, est réduite à « zéro ». Si bien que son nom ne figure pas sur la liste des sœurs et de leurs emplois. En 1859, au couvent de Saint-Jacques, dans la région de Joliette, elle est nommée sacristine. Durant 30 ans, elle remplira dans l’ombre des emplois manuels selon les besoins de la communauté, jusqu’à son décès en 1890.

À cause des préjugés tenaces à son égard, elle reste dans l’ombre longtemps après sa mort. Grâce à une série de conférences données par un aumônier qui a interrogé des témoins de sa vie, l’enthousiasme se soulève envers Mère Marie-Anne.

En 1950, année du centenaire de la fondation de la congrégation, c’est le début des démarches officielles pour faire reconnaître sa sainteté. Elle a été proclamée vénérable en 1991 et bienheureuse le 29 avril 2001, par le pape Jean-Paul II.

Les sœurs de Sainte-Anne et leurs associées poursuivent la mission de Mère Marie-Anne en cherchant à être une présence prophétique dans la solidarité et l’engagement pur la justice envers les femmes, les jeunes, les personnes appauvries et marginalisées.

Congrégation des Soeurs de Sainte-Anne

Dernière d’une famille de dix enfants, Eulalie Durocher est née à Saint-Antoine-sur-Richelieu, le 6 octobre 1811. À l’âge requis, elle fréquente le pensionnat de Saint-Denis-sur-Richelieu, tenu par les religieuses de la Congrégation de Notre-Dame. Mais des problèmes de santé l’empêchent de poursuivre ses études et son rêve discret de vie religieuse s’en trouve compromis.

À 20 ans, elle devient gouvernante au presbytère de Beloeil où son frère Théophile est curé. Elle sera l’hôtesse des lieux pendant 12 ans, jusqu’en 1843. Elle accueille les prêtres en repos, s’engage dans la paroisse, visite les démunis, soutient les familles en difficulté, enseigne le catéchisme aux enfants et organise les célébrations liturgiques, comme une agente de pastorale avant la lettre. Ce séjour à Beloeil lui ouvre cependant les yeux sur la pauvreté de l’instruction religieuse et le manque d’écoles, en particulier, pour les filles des campagnes.

Répondant à l’appel de Dieu par la voix de son évêque, Mgr Ignace Bourget de Montréal, elle se rend fonder à Longueuil une nouvelle communauté religieuse enseignante avec deux compagnes. La communauté s’appelle les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie.

S’initier à la vie religieuse et instaurer un nouveau projet d’éducation dans les paroisses suscitent de nombreux défis. Les pionnières font face à des oppositions, des critiques, des incompréhensions. Mais  leur amour des jeunes, une foi profonde et un sens de la justice leur donnent force et courage pour mener à bien la fondation de la communauté.
 
Il faut recruter des candidates à la vie religieuse qui iront ensuite implanter des écoles dans les campagnes. Sous le nom de Mère Marie-Rose, Eulalie recrute des femmes de talent et voit à leur assurer une bonne préparation pédagogique avec la collaboration des Frères des écoles chrétiennes.

Les Oblats de Marie-Immaculée apportent également leur concours pour les aider à favoriser le développement des dons de chaque personne. Du vivant de la fondatrice, les couvents de Longueuil, Beloeil, Saint-Lin et Saint-Timothée verront le jour.

La spiritualité de la nouvelle communauté s’inspire de la devise des Oblats : évangéliser les pauvres. La fidélité à l’Évangile, soutenue par la méthode d’oraison de saint Ignace de Loyola et la dévotion au Saint-Sacrement, découle de l’héritage spirituel laissé par Mère Marie-Rose qui avait pour devise : « Jésus et Marie, ma force et ma gloire ». Elle décède le 6 octobre 1849, jour de son anniversaire. Elle avait 38 ans.

Les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie poursuivent encore aujourd’hui cette œuvre indispensable d’éducation en ne perdant pas de vue d’abord les personnes démunies. Plusieurs services nouveaux se sont développés dans les domaines de la pastorale en paroisse, l’éducation à la foi, l’accompagnement des personnes, l’accueil des diverses cultures, les soins de santé et les services communautaires. Elles s’engagent également pour la justice et la paix en collaborant à divers organismes dont Développement et Paix.

Mère Marie-Rose a été béatifiée par le pape Jean-Paul II, le 23 mai 1982. L’Église l’a reconnue comme une femme apostolique, annonciatrice des temps nouveaux.

Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie  

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